Que recherche véritablement Donald Trump en massant une force de frappe considérable aux abords de l'Iran ? Les buts de guerre ne sont pas clairs, pas plus que les scénarios de transition vers un nouveau régime.
Je suis Thierry Arnaud, éditorialiste à BFMTV, ex-correspondant à New York et Londres, ancien chef du service politique de BFMTV et directeur de la rédaction de BFM Business. Crises géopolitiques, tensions économiques, recompositions du pouvoir… Chaque semaine, je vous propose de décrypter l’actualité internationale.
Montage photo, réalisé le 20 février 2026, montre le président américain Donald Trump gesticulant lors d'une conférence à Miami Beach, en Floride, le 19 février 2025 (à gauche) ; et une photo diffusée par le bureau du Guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, le montrant s'adressant à ses partisans à Téhéran le 11 décembre 2024 (AFP).
“Je pense que personne ne peut apporter une question simple à la question de ce qui se passe en Iran si le leader suprême et le régime chutent. On ne peut qu’espérer qu’il y aura quelqu’un au sein du système qui pourrait travailler à une transition similaire (à celle du Venezuela, NDLR) mais je ne peux qu’imaginer que cela serait beaucoup plus complexe car le régime est en place depuis très longtemps”
Marco Rubio, secrétaire d’État des États-Unis, au Congrès, le 28 janvier 2026
L’”armada” promise par Donald Trump est désormais en place ou sur le point de l’être. Environ 50.000 soldats sur le pied de guerre, le tiers de la capacité totale de l’US Navy concentré autour des deux groupes aéronavals portés par l’USS Abraham Lincoln et l’USS Gerald Ford, avec une puissance de feu de plus de 600 missiles Tomahawks, des centaines d’aéronefs - avions de combat, bombardiers, ravitailleurs -, des bases en état d’alerte et tous les moyens logistiques afférents… On n’avait jamais vu un tel déploiement des forces armées américaines depuis la guerre en Irak en 2003. Pèse désormais sur l’Iran une menace sans précédent depuis l’instauration du régime des Mollahs en 1979. Mais dans quel but ?
Dans une longue analyse consacrée à la perspective d’un conflit potentiellement imminent et lourd de conséquences, le New York Times dresse un constat largement partagé : Donald Trump n’en a jamais clairement énoncé les objectifs. Ou, plus exactement, les motifs invoqués se sont additionnés et ont varié au fil du temps. Éteindre définitivement la menace nucléaire ? C’est la raison avancée le plus fréquemment et le sujet qui a été au cœur des négociations entre les responsables iraniens et la délégation américaine conduite par Steve Witkoff et Jared Kushner.
À l’issue de la dernière journée de discussion, le 17 février à Genève, les diplomates iraniens ont promis des propositions détaillées dans un délai de deux semaines, mais ne semblent clairement pas prêts à renoncer définitivement à toute forme d’enrichissement d’uranium. Et comment la Maison Blanche peut-elle s’inquiéter à ce point d’un tel danger alors qu’elle-même affirmait l’été dernier que la campagne de bombardement qui venait de s’achever avait définitivement anéanti les installations nucléaires du pays ? Il y a au minimum dans cette exigence américaine la reconnaissance implicite mais claire que la campagne précédente a été un échec ou, à tout le moins, qu’elle est loin d’avoir produit les résultats présentés comme acquis en juin dernier.
Du désarmement complet au renversement du régime, un argumentaire à géométrie variable
Mais, bien au-delà du seul sujet nucléaire, les responsables américains, jusqu’au président lui-même, ont formulé trois autres exigences : priver l’Iran de ses missiles balistiques (un sujet prioritaire pour l’allié israélien) ; obtenir le renoncement définitif du régime iranien à toute forme de soutien à ses “proxies”, ses relais tels que le Hamas dans les territoires palestiniens, le Hezbollah au Liban ou encore les Houthis au Yémen ; enfin, l’objectif ultime de renverser le régime. Cette volonté a été ouvertement évoquée par Donald Trump en réponse au massacre de dizaines de milliers de manifestants iraniens. Dans un message très largement repris, publié sur son réseau Truth Social le 13 janvier dernier, le président américain encourageait en lettres majuscules les “patriotes iraniens” à “continuer à protester”, à “prendre le contrôle des institutions”, à relever les noms des responsables de la répression, et il promettait que “l’aide était en route”.
Les manifestations ont continué, mais l’aide s’est fait attendre. Et, à Washington, le ton est devenu beaucoup plus prudent. Face aux élus du Congrès, le 28 janvier, le secrétaire d’État Marco Rubio a dû répondre à une question très directe : si l’on fait tomber le régime iranien, par quoi est-on prêt à le remplacer ? “Je pense que personne ne peut apporter une question simple à la question de ce qui se passe en Iran si le leader suprême et le régime chutent. On ne peut qu’espérer qu’il y aura quelqu’un au sein du système qui pourrait travailler à une transition similaire (à celle du Venezuela) mais je ne peux qu’imaginer que cela serait beaucoup plus complexe car le régime est en place depuis très longtemps. Si cette opportunité se présente, elle méritera une réflexion très approfondie”. Une double conclusion semble ainsi s’imposer : les États-Unis n’ont ni plan de succession précis ni confiance excessive dans la capacité du fils du Shah, Reza Pahlavi, à prendre la relève. Mais, après de telles promesses et avec autant de moyens déployés, comment un scénario laissant le régime en place pourrait-il constituer une victoire pour Donald Trump ?
C’est dans ce contexte d’extrême tension que le président américain prononcera le mardi 24 février son premier discours sur l’état de l’Union devant le Congrès. Que peut-on en attendre ? Je vous propose d’écouter le nouvel épisode de mon podcast, Le Monde selon Trump. Pour y répondre, je reçois Amy Greene, politologue, experte associée à l’Institut Montaigne, auteur de “L’Amérique face à ses fractures” aux éditions Tallandier. L’épisode est à écouter ici.
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Le montant total des importations aux États-Unis pour l’année 2025. Il représente une hausse de 4,7% par rapport à 2024, pour un déficit commercial stable, à environ 900 milliards de dollars. Les taxes douanières mises en place par Donald Trump ne semblent ainsi pas avoir eu l’effet promis de rééquilibrage des échanges, alors que selon une étude de la Réserve Fédérale de New York, contestée par le Maison Blanche, elles ont coûté en moyenne plus de 1000 dollars sur l’année à chaque foyer américain.
Un portrait riche et émouvant de l’Iran, mêlant texte et images, de la richesse de sa culture à l’audace de ses habitants, des rues de Téhéran aux ruines de Persépolis, des abords d’une piscine aux coulisses d’un mariage... Une quinzaine d’année après sa parution, ce livre continue d’offrir une perspective unique, exceptionnelle et toujours aussi pertinente sur la vie des Iraniens sous le joug des Mollahs.
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Thierry Arnaud