La défaite cuisante du premier ministre hongrois aux élections du 12 avril peut être lue comme le rejet massif d'un populisme sous influence étrangère. De là à en conclure que la construction européenne va se trouver relancée et que les recettes de Viktor Orbán ont perdu toute forme d'attrait, il y a un pas qu'il faut se garder de franchir.
Je suis Thierry Arnaud, éditorialiste à BFMTV, ex-correspondant à New York et Londres, ancien chef du service politique de BFMTV et directeur de la rédaction de BFM Business. Crises géopolitiques, tensions économiques, recompositions du pouvoir… Chaque semaine, je vous propose de décrypter l’actualité internationale.
À Budapest, le 13 avril 2026, au lendemain des élections législatives, un couple brandissant une affiche de campagne du parti Tisza de Peter Magyar observe une affiche vandalisée représentant l’ex-Premier ministre hongrois, Viktor Orbán (AFP).
“ Les résultats des élections sont clairs. Pour nous, ils sont douloureux mais sans ambiguïté”
Viktor Orbàn, 12 avril 2026
Pour propulser une ascension politique météoritique qui l’a porté à tout juste 40 ans à la vice-présidence des États-Unis, JD Vance a appris à ne pas faire dans la nuance. Au moment de venir soutenir la campagne du premier ministre hongrois Viktor Orbán dans la dernière ligne droite pour les élections législatives du 12 avril, il n’a donc pas lésiné: deux jours de visite, un grand meeting, une conférence de presse, et un argumentaire musclé, parfaitement aligné avec celui de son hôte: “Les bureaucrates de Bruxelles ont essayé de détruire l’économie de la Hongrie. Ils ont essayé de compromettre l’indépendance de la Hongrie en matière d’énergie. Ils ont essayé de faire monter les prix pour le consommateur hongrois. Et ils l’ont fait parce qu’il déteste ce type.”
Le tout, bien sûr, avec la bénédiction de Donald Trump, qui a multiplié les messages louangeurs. Les soutiens politiques venus d’ailleurs - et pour l’essentiel de la droite de la droite - n’ont pas manqué: l’italienne Georgia Meloni, le néerlandais Geert Wilders, l’allemande Alice Weidel, et Marine Le Pen pour la France (liste non exhaustive). Tous portaient les mêmes arguments: Orbán était le défenseur de la souveraineté du peuple, de la nation, le rempart face à la dérive antidémocratique portée par Bruxelles. S’y est ajouté le renfort, plus discret mais massif, de la Russie de Vladimir Poutine - scandé par les foules hostiles à Orbàn, le slogan “Russians go home" a été l’un des symboles les plus marquants de cette campagne.
On connaît la suite: un défaite cuisante pour Viktor Orbàn et son parti Fidesz après 16 ans de pouvoir. Il ne détient plus désormais que 52 sièges à l’Országgyűlés, le parlement hongrois, sur un total de 199. “Les résultats des élections sont clairs. Pour nous, ils sont douloureux mais sans ambiguïté", a reconnu le perdant dès le soir des élections.
Le premier ministre hongrois paie ainsi le prix d’un paradoxe: pourquoi avoir tant misé sur des soutiens venus de l’extérieur, mis en avant dans les dernières heures de sa campagne un vice-président américain (par ailleurs peu connu dans son pays) alors que sa démarche politique a consisté à vanter les vertus d’un nationalisme exacerbé ? Il est en outre remarquable qu’il essuie un tel échec malgré la puissance d’une propagande appuyée par des médias qu’il n’a cessé de mettre au pas. C’est dire combien la volonté de balayer son bilan l’a emporté sur tout le reste. Et à l’évidence, c’est avant tout sur le terrain économique que les choses se sont jouées: la hausse des prix cumulée depuis 2020 dépasse 50%.
C’est peu dire que de Bruxelles à Paris, le résultat a été accueilli avec soulagement et suscité un réel espoir. “La Hongrie a choisi l’Europe”, s’est exclamé la présidente de la Commission Ursula von der Leyen quelques minutes à peine après que Viktor Orbán eut admis sa défaite. “La France salue une victoire de la participation démocratique, de l’attachement du peuple hongrois aux valeurs de l’Union européenne et pour la Hongrie en Europe”, s’est réjoui Emmanuel Macron.
La traduction concrète n’a pas tardé à venir: le 23 avril à Chypre, les dirigeants européens ont enfin pu valider un prêt de 90 milliards d’euros à l’Ukraine, auquel Orbán n’avait eu de cesse d’opposer son veto. Faire de l’Europe un bouc émissaire, continuer sans vergogne à encaisser ses financements: la recette du premier ministre hongrois aura été une forme d’euroscepticisme beaucoup plus efficace que le Brexit, et il n’est pas dit qu’elle ne continuera pas à inspirer d’autres dirigeans européens.
Si la défaite est incontestable, il reste néanmoins à constater que le parti de Viktor Orbán a néanmoins obtenu près de 40% des voix, avec une participation très élevée de 80%, ainsi que le relève Sylvain Kahn de la fondation Jean Jaurès dans son analyse du scrutin. “Un score remarquable pour un parti sortant, au pouvoir depuis seize ans”, souligne-t-il ainsi.
Et l’empreinte de ces seize ans de pouvoir est d’autant moins susceptible de disparaître rapidement qu’elle a produit un système, pour ne pas dire un clan, qui contrôle une large proportion de l’économie hongroise: le rejet d’une corruption généralisée, outre celui d’une forme extrême de conservatisme moral et des moeurs, a pesé lourd dans la sanction électorale.
De l’autre côté de l’Atlantique, Donald Trump n’a plus pour le moment le loisir de s’occuper de l’avenir de la Hongrie et de maintenir Bruxelles dans son viseur. À défaut de trouver la rampe de sortie de la guerre en Iran qu’il recherche frénétiquement depuis des semaines, le président des États-Unis multiplie les déclarations péremptoires et les injonctions menaçantes, générant dans les couloirs de la Maison Blanche une telle fébrilité que certains de ses collaborateurs n’hésitent plus, certes sous couvert d’anonymat, à s’épancher dans les journaux américains. Donald Trump se trouvent des ennemis partout, des journalistes… jusqu’au Pape.
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Thierry Arnaud