Le président américain a multiplié les menaces de retrait de l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord. Il entend ainsi sanctionner des alliés qui n'ont pas soutenu l'effort de guerre américain en Iran. Mais sans même quitter l'alliance, Donald Trump l'a déjà considérablement fragilisée.
Je suis Thierry Arnaud, éditorialiste à BFMTV, ex-correspondant à New York et Londres, ancien chef du service politique de BFMTV et directeur de la rédaction de BFM Business. Crises géopolitiques, tensions économiques, recompositions du pouvoir… Chaque semaine, je vous propose de décrypter l’actualité internationale.
Le président américain Donald Trump lors du sommet de l’OTAN à La Haye, aux Pays-Bas, le 25 juin 2025. (Jakub Porzycki/NurPhoto via AFP).
“Oh, absolument, sans aucun doute. Vous ne le feriez pas à ma place ? ”
Donald Trump, répondant à la question de savoir s’il envisage de quitter l’OTAN, dans un entretien à l’agence Reuters, mercredi 1er avril 2026
C’est peu de le dire: souvent Trump varie. Même son entourage le plus proche reconnaît que le président américain ne cesse de se contredire. Et nous prie de croire que tout cela est savamment calculé. “C’est le plan: que vous n’y compreniez rien. Ce n’est pas un jeu d’échecs à 3 dimensions, mais à 12 dimensions. Il se contredit régulièrement pour que personne ne sache ce qu’il pense. C’est fait exprès”, a confié un proche conseiller du locataire de la Maison Blanche à Axios.
Cela rend d’autant plus remarquables les rares sujets sur lesquels son opinion est globalement constante depuis plus d’une décennie. L’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord fait partie de ceux-là. Une arnaque “qui nous coûte une fortune” (2016), une institution “obsolète” depuis la fin de la guerre froide (2017) devenu finalement “un tigre de papier” (2026).
Dès le début de son premier mandat, en 2017, la menace est brandie de claquer la porte, ou à tout le moins de dénoncer le principe fondateur, le véritable pilier de la Charte, l’article 5 selon lequel “les parties conviennent qu'une attaque armée contre l'une ou plusieurs d'entre elles survenant en Europe ou en Amérique du Nord sera considérée comme une attaque dirigée contre toutes les parties et, en conséquence, elles conviennent que, si une telle attaque se produit, chacune d'elles, dans l'exercice du droit de légitime défense, (…) assistera la partie ou les parties ainsi attaquées en prenant (…) telle action qu'elle jugera nécessaire, y compris l'emploi de la force armée”. Une procédure qui ne sera engagée qu’une seule fois, en 2001, après le 11 septembre, en faveur des États-Unis.
En réalité, lors de cette première période, Donald Trump n’envisage par réellement de quitter l’OTAN. Il veut que l’Europe paie, chacun devant consacrer 2% de son PIB à sa défense. Au sommet de La Haye en 2025, sur fond de menace russe et de guerre en Ukraine, il fait monter les enchères, spectaculairement, et avec succès: les alliés s’engagent à faire passer cet effort à 5%.
L’opération “Epic Fury'“ va raviver la colère du président des États-Unis contre les membres d’une alliance qui, à ses yeux, sont ravis de s’abriter sous le parapluie militaire américain mais refusent obstinément d’assumer leur part du fardeau, en l’occurrence de déployer leurs marines pour garantir la libre circulation dans le détroit d’Ormuz. C’est ainsi que Donald Trump se dira “dégoûté” par le comportement de ses alliés. À un journaliste de l’agence Reuters qui lui demande s’il est prêt à quitter l’alliance, il répond : “Oh, absolument, sans aucun doute, vous ne le feriez pas à ma place ?”
Le départ est-il pour demain ? Certes, non. Pour au moins deux raisons. D’abord parce que le président ne peut décider une sortie de l’OTAN sans l’aval du Congrès. C’est ce qu’exige une loi votée en 2023 à l’initiative de deux sénateurs, le démocrate Tim Kaine, et le républicain de Floride… Marco Rubio. Ensuite, le Sénat ne se laissera pas faire: pas question de quitter l’OTAN ont fait savoir dans un communiqué commun le sénateur républicain Mitch McConnell et le démocrate Chris Coons, le deux plus hauts responsables de la Commission parlementaire chargée du budget de la Défense.
Pour autant, il ne fait aucun doute que l’institution est plus fragilisée que jamais. Elle ne peut fonctionner qu’avec la participation active des États-Unis, non seulement sur le plan financier mais aussi dans des aspects militaires qui sont aussi sa raison d’être: la planification commune, l’interopérabilité des forces, les exercices conjoints. Si, sur tous ses aspects, les États-Unis se mettent à traîner les pieds, ils auront tué l’Alliance sans même avoir eu à la quitter formellement.
C’est dire la responsablité qui pésera sur les épaules du secrétaire général de l’OTAN, le néerlandais Mark Rutte, attendu à Washington dans quelques jours. Il est apprécié de Donald Trump, et pour cause: il s’est érigé en véritable champion de la flagornerie à l’égard du président américain en toute occasion, y compris à propos de la guerre en Iran. Aucun compliment n’est trop gros, aucun superlatif n’est excessif. Mais la courtisanerie ne l’a pas mis à l’abri du courroux du maître de la Maison Blanche.
Car Donald Trump est pressé d’en finir. Sa chute dans les sondages se poursuit et s’aggrave, à mesure que la guerre se prolonge et que les prix à la pompe continuent de grimper. Mais une victoire est-elle possible à l’horizon de deux ou trois semaines qu’il vient de fixer ? Laquelle ? Le président préférera-t-il laisser le chaos derrière lui plutôr que s’enliser dans un conflit prolongé ?
Des questions au coeur du nouvel épisode de notre podcast Le Monde Selon Trump, avec Célia Belin, spécialiste des relations transatlantiques et directrice du bureau parisien du European Council on Foreign Relations, et notre correspondant à Washington Antoine Heulard. Il y est aussi question des obstacles qui menacent la grandiose salle de bal de la Maison Blanche si chère à Donald Trump, de la pression présidentielle sur la Cour Suprême à propos du droit du sol… et du nouvel aéroport Donald Trump ! L’épisode est à écouter ici et à voir là.
"J'ai toujours su que c'était un tigre de papier": Donald Trump dit envisager de retirer les États-Unis de l'Otan
De 1949 à Trump: l'Otan, l'alliance née de la peur du communisme, est-elle à l'agonie?
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Les brevets : levier stratégique au service de l’innovation automobile du groupe Stellantis France
Avec 1294 brevets déposés en 2025, Stellantis consolide, pour la 3ème année consécutive, sa position de premier déposant auprès de l’INPI. Plus qu’une performance chiffrée, cette politique illustre sa capacité d’innovation et son savoir-faire technologique tout en renforçant sa compétitivité. Électronique et logiciel (400 brevets), motorisation et recharge (427 brevets), châssis et équipements (467 brevets), le groupe s’appuie sur un écosystème de recherche dense pour enrichir les produits des marques telles que Alfa Romeo, Citroën, DS Automobiles, Opel et Peugeot. Celui-ci associe R&D interne, partenariats académiques et collaborations industrielles, afin de protéger les idées de la conception à la transformation en solutions concrètes.
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Selon des informations révélées par le Financial Times, Space X, la société d’exploration spatial fondée et dirigée par Elon Musk aurait discrètement entamé auprès des autorités boursières américaines les démarches nécessaires pour entrer en bourse à l’été. Valorisée 90 milliards de dollars, Space X viserait à cette occasion une capitalisation boursière de… 1750 milliards de dollars, ce qui la placerait instantanément parmi les plus hautes valorisations boursières au monde, juste derrière des titres comme Nvidia, Apple, Alphabet, Microsoft ou Amazon. L’entreprise d’Elon Musk prévoirait dans un premier temps de ne placer que 5% de son capital en Bourse.
“Amérique, la rupture ?” Jamais dans l’histoire récente la question ne se sera posée avec autant d’acuité. Dans son numéro d’avril 2026, la Revue des Deux Mondes y consacre un dossier d’une soixantaine de pages, qui décompose cette interrogation fondamentale en une série de questions qui ne le sont pas moins: les États-Unis sont-ils toujours en Occident ? Sont-ils encore une démocratie ? Quelle est la place de la religion dans la révolution MAGA ? Dans quelle mesure se laisse-t-elle gagner par à une dérive antisémite ? Et, plus profondément, le Trumpisme n’est-il qu’une page de l’histoire qui se tournera sans laisser de traces profondes ou un basculement durable ? “Il n’existe pas de modèle historique permettant d’en prévoir l’issue”, juge prudemment l’écrivain Marc Weitzmann.
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Thierry Arnaud