La leçon de diplomatie du roi Charles à Donald Trump

Avec finesse et un humour tout britannique, le roi Charles a donné tout au long de sa visite officielle une véritable leçon de diplomatie. Une façon courtoise mais ferme de dire au président américain que, des relations bilatérales à l'OTAN en passant par l'Ukraine, il fait fausse route.

L'envers du globe
5 min ⋅ 01/05/2026

Je suis Thierry Arnaud, éditorialiste à BFMTV, ex-correspondant à New York et Londres, ancien chef du service politique de BFMTV et directeur de la rédaction de BFM Business. Crises géopolitiques, tensions économiques, recompositions du pouvoir… Chaque semaine, je vous propose de décrypter l’actualité internationale.

Le président américain Donald Trump s'entretient avec le roi Charles III de Grande-Bretagne lors d'une cérémonie d'adieu sur la pelouse sud de la Maison-Blanche à Washington, D.C., le 30 avril 2026 (AFP).

Charles III remet les points sur les “i” des relations transatlantiques

Je veux féliciter Charles pour son discours formidable au Congrès. Il a même réussi à faire se lever les démocrates (pour l’applaudir). Je n’ai jamais pu faire ça. Je n’arrivais pas à la croire.
Donald Trump, portant un toast au roi Charles III à l’occasion d’un dîner d’Etat à la Maison Blanche, le 28 avril 2026.

L’idée n’est pas de lui, mais le roi Charles III a su la présenter à la perfection. Pour le dîner d’État du 28 avril à la Maison blanche, Sa Majesté a offert à Donald Trump… une cloche. Mais pas n’importe laquelle. Il s’avère qu’à l’été 1944 est sorti des chantiers navals britanniques un nouveau sous-marin baptisé… HMS Trump. Le mot vient du vieil anglais, son étymologie emprunte à la trompette, on pourrait le traduire grossièrement par “qui fait du bruit”. Et voilà comment cette magnifique cloche, dorée, se trouve porter le nom du président américain en larges lettres gravées. Donald Trump se lève. Il est conquis. “Si jamais vous avez besoin de nous, sonnez-nous”, plaisante le roi (“give us a ring”, expression familière pour “passer un coup de fil”). La salle s’esclaffe. Le président est aux anges.

250 ans d’histoire commune

Aux anges, mais peut-être un peu jaloux. “Je veux féliciter Charles pour son discours formidable au Congrès. Il a même réussi à faire se lever les démocrates (pour l’applaudir). Je n’ai jamais pu faire ça. Je n’arrivais pas à la croire”, s’exclame Donald Trump en portant un toast. Il ne plaisante qu’à moitié. Il vit comme une injustice, et ne cesse de le dire, que l’ensemble de la classe politique ne célèbre pas ce qui constitue à ses yeux une succession sans précédent de réussites spectaculaires.

Il est vrai que le discours de Charles III devant les parlementaires américains a fait l’unanimité. Il a été prononcé avec humour et brio. Mais il a aussi et surtout, avec une finesse toute britannique, livré ses quatre vérités au président américain. Car il est intervenu au moment où les relations américano-britanniques sont au plus bas. Keir Starmer “n’est pas Churchill” a lâché Donald Trump, qui reproche au Premier ministre britannique de ne pas avoir été assez à ses côtés au moment de partir en guerre contre l’Iran. “Depuis d’amères divisions voici 250 ans, nous avons forgé une alliance qui est devenue l’une des plus importantes de l’histoire de l’humanité. Je prie de tout mon coeur pour que notre alliance continue à défendre nos valeurs partagées”, a averti le roi devant le Congrès. Traduction: ne laissons pas une brouille passagère compromettre l’essentiel.

Plaidoyer pour l’OTAN

Le même argument vaut pour l’OTAN, de plus en plus décriée par le président américain. Pour Donald Trump, les choses sont claires : l’Amérique paie les factures et déploie ses moyens militaires en Europe depuis 1949, et ne reçoit rien en retour. En d’autres termes, elle se fait avoir. Alors Charles III se permet de rétablir les faits: “Au lendemain du 11 septembre, quand l’OTAN a invoqué l’article 5 pour la première fois, et que le Conseil de Sécurité des Nations Unies était unis face aux terroristes, nous avons répondu à l’appel ensemble, comme nos peuples l’ont fait côte à côte depuis plus d’un siècle.” C’est à ce jour la seule fois que le recours à l’article 5, clé de voute de l’alliance, est intervenu, et ce fut au bénéfice des États-Unis. Il aurait pu ajouter que plus de 450 soldats britanniques ont laissé leur vie en Afghanistan, près de 180 en Irak, et plus de 5000 au total ont été blessés.

Défense de l’Ukraine

“Aujourd’hui, il nous faut la même résolution sans faille pour défendre l’Ukraine et son peuple si courageux”, ajoute-t-il devant les élus. Car au Congrès comme à la Maison blanche, le roi a également plaidé avec force la cause de Kyiv. On l’y sait particulièrement attaché. Moins d’une semaine après le clash humiliant du bureau ovale, au début de l’an dernier, Charles III mettra un point d’honneur à recevoir Volodymyr Zelensky dans sa résidence de Sandringham, un geste rare. L’entourage du roi souligne que l’entretien a été “particulièrement chaleureux” et a duré une heure. “Je n’oublierai jamais que la liberté est de nouveau attaquée par l’invasion russe de l’Ukraine”, plaide-t-il un an plus tard devant les convives du dîner de Washington et un président américain toujours aussi indulgent avec Moscou.

Bien entendu, tous ces propos sont validés, sinon écrits, par le Foreign Office et les conseillers du souverain. Mais il était clair qu’ils étaient prononcés avec conviction. C’est une véritable leçon de diplomatie que le roi Charles est venu donner au président américain. Ce dernier ne semble nullement en avoir pris ombrage, bien au contraire. Alors que le couple royal entamait son retour vers le Royaume Uni, Donald Trump annonçait qu’en leur honneur, il levait les sanctions douanières imposées au whisky écossais. “Le roi et la reine m’ont fait faire quelque chose que personne n’avait réussi, en l’ayant à peine demandé!”, a commenté le président américain.

Les autres cibles de Donald Trump

Pour mesurer toute la portée de cette visite historique, le journaliste Alex Taylor nous accompagne cette semaine pour le nouvel épisode de notre podcast Le Monde Selon Trump. Notre correspondante à Londres Laura Kalmus nous raconte comment l’événement a été couvert par une presse britannique qui avait l’oeil sur le moindre détail. Antoine Heulard est là pour nous rappeler que Donald Trump était pendant ce temps toujours engagé sur de multiples fronts: outre le conflit au Moyen Orient, et quelques jours après avoir survécu à une nouvelle tentative d’assassinat, il a de nouveau en ligne de mire l’animateur de télévision Jimmy Kimmel et l’ancien directeur du FBI James Comey. L’épisode est à écouter ici et à voir .

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Le chiffre

31,265 milliards de dollars

C’est un nouveau record pour la dette publique américaine. Et, fait sans précédent depuis 1946, elle dépasse désormais 100% du produit intérieur brut. Le gouvernement fédéral dépense aujourd’hui 1,33 dollar pour chaque dollar qui rentre dans ses caisses. Le déficit budgétaire pour l’exercice en cours devrait approcher 6% du PIB. La plupart des économistes américains sont convaincus que la tendance - creusement de la dette et du déficit - est appelée à se poursuivre.

La lecture de la semaine

La question israélienne”, par Bruno Tertrais, éditions de l’Observatoire, février 2025

Peut-on encore porter sur Israël un regard dépassionné ? Tenter de comprendre ce pays unique sans plonger dans l’émotion ? Et, d’ailleurs, de quoi parle-t-on quand on parle d’Israël ? D’un territoire ? D’un peuple ? D’une religion ? D’une véritable démocratie ? Bruno Tertrais relève le défi de cette multitude de questions et de la complexité des réponses pour livrer, en moins de 200 pages, un regard particulièrement utile et éclairant dans le contexte actuel. Partant du constat qu’il existe quatre Israël et “au moins deux conceptions de la Palestine”, l’auteur fait le choix - audacieux par les temps qui courent - de la nuance, de l’histoire et des faits, du refus des réponses simples. Et en tire une conclusion en forme d’avertissement: “Si Israël se perdait, c’est le rêve libéral et moderne qui se perdrait ,et, au delà, l’idée même de l’universel, de l’unicité de la condition humaine.”

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Thierry Arnaud

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