Donald Trump face à la hantise d'une déroute aux midterms

Alors qu'il franchit de nouveaux records d'impopularité, le président américain risque une défaite massive aux élections à mi-mandat du 3 novembre. Redécoupage de la carte électorale, levée de fonds version XXL, pressions politiques tous azimuts sur le système électoral: il multiplie les initiatives pour faire pencher la balance en sa faveur.

L'envers du globe
5 min ⋅ 07/05/2026

Je suis Thierry Arnaud, éditorialiste à BFMTV, ex-correspondant à New York et Londres, ancien chef du service politique de BFMTV et directeur de la rédaction de BFM Business. Crises géopolitiques, tensions économiques, recompositions du pouvoir… Chaque semaine, je vous propose de décrypter l’actualité internationale.

Le président américain Donald Trump participe à une cérémonie organisée à l'occasion de la fête des mères militaires dans la salle Est de la Maison Blanche à Washington, D.C., le 6 mai 2020 (AFP).

Tout pour ne pas perdre: à six mois des midterms, Donald Trump multiplie les offensives

Il faut gagner les élections à mi-mandat. Parce que si on les gagne pas, ils trouveront une raison de lancer une procédure de destitution”.
Donald Trump, devant les élus républicains, janvier 2026.

C’est le dernier grand rendez-vous de Donald Trump avec les électeurs républicains. Le mardi 3 novembre se tiendront les traditionnelles élections à mi-mandat, les “midterms”. À cette occasion sont renouvelés la totalité des 435 sièges de la Chambre des Représentants, 35 des 100 sièges de sénateurs et une multitude de mandats locaux d’un bout à l’autre des États-Unis. Et le moins que l’on puisse dire est que le scrutin ne se présente pas sous les meilleurs auspices pour le président américain.

D’abord parce la règle est que les Américains y punissent le maître de la Maison blanche. En moyenne, depuis la seconde guerre mondiale, le parti du président perd autour de 25 sièges à la Chambre des Représentants et 3 à 4 au Sénat. Or, l’actuelle majorité républicaine est de trois sièges dans chacune des deux chambres.

Ensuite, quand le président est impopulaire, la sanction peut être beaucoup plus lourde: les Républicains de Donald Trump ont ainsi perdu 40 sièges aux midterms de 2018, les Démocrates de Barack Obama plus de 60 en 2010… (Depuis 1946, seuls deux présidents ont échappé à la punition: Bill Clinton en 1998, porté par un boom économique et George W. Bush en 2002, soutenu par une vague patriotique au lendemain des attentats du 11 septembre 2001). Or, à 34% d’opinions favorables dans le dernier sondage de Pew Research, Donald Trump est à la fois beaucoup plus impopulaire que lors de son premier mandat, et que Barack Obama huit ans plus tôt.

La hantise d’une déroute

Bref, les Républicains et leur président sont aujourd’hui face au spectre d’une déroute historique. Et pour Donald Trump, le risque n’est pas seulement de devenir, face à une majorité démocrate, un “lame duck president”, ce président '“canard boiteux” sous contrôle d’un Congrès hostile pour les deux dernières années de son mandat. Il faut gagner les élections à mi-mandat. Parce que si on les gagne pas, ils trouveront une raison de lancer une procédure de destitution”, a-t-il lancé aux élus républicains réunis à Washington au début du mois de janvier. Certes, il a survécu déjà à deux “impeachments” au cours de son premier mandat, mais il n’a clairement pas envie d’en découdre une nouvelle fois. Alors le président est à l’offensive, sur trois fronts à la fois.

Carte électorale: la course au charcutage

Le redécoupage de la carte électorale en est le premier axe. Les États-Unis sont coutumiers de l’exercice qui est généralement la conséquence, chaque décennie, d’un nouveau recensement. Mais cette fois, la démarche est à la fois plus politique encore, et nettement plus agressive. C’est le Texas qui, sous la pression de la Maison blanche, a ouvert les hostilités. Résultat: 3 sièges potentiels de plus pour les Républicains. Partie un peu plus tard, la Floride est allée plus vite, et pourrait rapporter 4 sièges. Les démocrates répliquent, d’abord avec la Californie (1 à 3 sièges espérés). Et depuis, c’est la course, de la Caroline du Nord au Mississippi, de la Virginie à l’Utah, la liste ne cesse de s’allonger, globalement au profit des Républicains. D’autant que la Cour Suprême vient de faire pencher la balance davantage encore, en annulant un redécoupage en Louisiane qui avait pour vocation de corriger la sous-représentation de l’électorat afro-américain. Les Démocrates redoutent que d’autres Etats du Sud suivent le même chemin, avec un résultat lourd de conséquences négatives pour eux.

Une pluie de dollars, une justice au pas

Sur le plan financier, crucial comme dans toutes les campagnes américaines, le camp de Donald Trump a une avance écrasante. Selon les dernières estimations, il a levé plus de 843 millions de dollars pour financer les scrutins des midterms, là où les démocrates n’ont recueilli que 243 millions - un handicap de 600 millions de dollars, considérable et irratrapable en l’espace d’un semestre.

Troisième et dernier front, tout aussi crucial: une purge à grande échelle et la mise au pas de tous les services chargés de garantir l’intégrité du système électoral. Sans jamais avoir réussi à le prouver ni à emporter la moindre décision de justice sur le sujet, Donald Trump continue d’affirmer que l’élection de 2020 lui a été volée, que le système électoral est totalement vérolé…Et la leçon qu’il en a tirée tient en trois mots : plus jamais ça… Ministère de la Justice, Ministère de la Sécurité Intérieure, FBI: tous les hauts fonctionnaires fédéraux chargés de superviser du système électoral des Etats-Unis ont été écartés et remplacés par des fidèles du président…

Et pour faire bonne mesure, Donald Trump veut aussi changer la loi électorale, le “Save America Act”, et imposer aux électeurs la présentation d’un document officiel d’identité. Une mesure qui semble logique, et est d’ailleurs soutenue par une majorité d’Américains, mais dont tous les spécialistes soulignent qu’elle aura pour résultat de pénaliser les minorités… et les femmes mariées portant un nom différent de celui de leur certificat de naissance. Le tout, ajoutent-ils sans que l’argument d’une fraude massive avancé par le président n’ait jamais été corroboré par une étude sérieuse.

Donald Trump continuera jusqu’au 3 novembre cette lutte sur tous ces fronts pour mettre toutes les chances de son côté. Au point, disent certains, qu’une victoire ne soit pas forcément hors de portée. Au minimum, il aura ainsi nettement réduit l’ampleur de la défaite. Reste LA question, que beaucoup se posent aujourd’hui à Washington: si défaite il y a, l’acceptera-t-il ?

L’improvisation permanente du chef de guerre

Pour mesurer toute la portée de cette offensive mutiforme et sans précédent dans l’histoire récente des Etats-Unis, le professeur et historien Corentin Sellin, l’un des tout meilleurs observateurs de la vie politique américaine, nous accompagnera exceptionnellement pour deux épisodes de notre podcast Le Monde Selon Trump. En attendant une plongée dans les arcanes de cette campagne des midterms, la semaine prochaine, il se penche aujourd’hui sur Donald Trump en chef de guerre et nous explique pourquoi cette gestion qui présente tous les signes d’une improvisation permanente inquiète et déconcerte chaque jour davantage d’Américains. L’épisode est à écouter ici et à voir .

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Thierry Arnaud

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