La guerre au Moyen Orient a détourné l'attention du conflit ukrainien, et pourrait même lui coûter le renouvellement de ses moyens de défense antiaérienne. L'avenir de l'Ukraine n'a peut-être jamais été autant menacé.
Je suis Thierry Arnaud, éditorialiste à BFMTV, ex-correspondant à New York et Londres, ancien chef du service politique de BFMTV et directeur de la rédaction de BFM Business. Crises géopolitiques, tensions économiques, recompositions du pouvoir… Chaque semaine, je vous propose de décrypter l’actualité internationale.
Madrid, le 18 mars 2026. Volodymyr Zelensky rencontre la direction du groupe espagnol Sener pour discuter du renforcement de la défense aérienne ukrainienne. Sener fabrique notamment des composants pour les missiles utilisés dans les systèmes IRIS-T, assemblés en Allemagne pour l'Ukraine.(AFP).
“La guerre au Moyen Orient détourne l’attention, c’est absolument évident. Et en détournant l’attention, elle nous fait passer au second rang des priorités”
Volodymyr Zelensky, entretien accordé au Monde, le vendredi 27 mars 2026
Combien de temps l’Ukraine aura-t-elle encore les moyens de protéger son ciel, certes imparfaitement mais de manière toujours significative, des missiles et des drones russes? Le Washington Post a jeté un pavé dans la mare jeudi 26 mars, en révélant que le Pentagone envisageait de réorienter vers le Moyen-Orient les moyens de défense antiaérienne initialement destinés à l’Ukraine.
Depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, les États-Unis ont certes considérablement réduit leur soutien à l’Ukraine. Il n’est plus question de lui fournir directement du matériel et de financer son effort de guerre. Mais un programme crucial subsiste: le Prioritized Ukraine Requirements Lists ou PURL. Il achemine, selon le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, 75% des batteries de missiles Patriot fournies à l’Ukraine et la quasi totalité des munitions alimentant le reste de ses défenses antiaérienne. Les conditions: l’OTAN sert d’intermédiaire et les pays européens financent, à concurrence de 4 milliards de dollars. Or, selon trois sources citées par le Washington Post, c’est bien la poursuite de ce programme qui serait aujourd’hui en danger.
Volodymyr Zelensky ne se fait aucune illusion. “La guerre au Moyen-Orient détourne l’attention, c’est absolument évident. Et en détournant l’attention, elle nous fait passer au second rang des priorités”, vient-il de confier au Monde. Or la Russie ne se contente pas de maintenir la pression. Elle l’accentue. Près d’un millier de drones ont déferlé sur l’Ukraine le mardi 24 mars. “À une telle échelle, c’est quasiment une première. Je ne me souviens pas qu’il y ait eu des frappes en plein jour avec un nombre aussi important de drones”, a confié à l’AFP un porte-parole de l’armée de l’air ukrainienne Youri Ignat. Les frappes ont atteint jusqu’au centre historique de Lviv, à l’ouest de l’Ukraine, près de la frontière polonaise et à des centaines de kilomètres du front.
Aux incertitudes de Washington s’ajoutent pour l’Ukraine celles de Budapest. En campagne pour sa réélection, Viktor Orbán campe toujours sur son opposition à la nouvelle enveloppe d’aide européenne de 90 milliards d’euros à l’Ukraine, qu’il accuse de délibérément bloquer l’approvisionnement de la Hongrie en pétrole russe via l’oléoduc de Droujba.
À ce stade, la décision américaine n’est pas prise et, pour le moment au moins, les livraisons de batteries Patriot depuis les États-Unis ne sont pas interrompues, a souligné Volodymyr Zelensky dans un entretien à Reuters le 25 mars. Mais s’il poursuit son offensive diplomatique sur tous les fronts - une visite surprise en Arabie Saoudite vient de déboucher sur un accord de “protection du ciel”, d’un côté les dollars saoudien, de l’autre l’expertise ukrainienne - c’est bien que le président ukrainien sait que pour Donald Trump la priorité est désormais ailleurs.
Sur l’issue du conflit avec l’Iran, le président américain continue de communiquer à sa manière si particulière, mélange de constance (elle est réelle) et de contradictions (elle sont fréquentes). La constance se trouve notamment dans la promesse d’un conflit court: de quatre à six semaines, ne cesse de répéter la Maison Blanche depuis le premier jour de la guerre. À l’entame de la cinquième semaine, le temps est donc désormais compté pour Donald Trump, qui gère plus que jamais le déroulement des opérations militaires un œil rivé sur les sondages, de plus en plus défavorables, et l’autre sur l’évolution des marchés financiers, de plus en plus fébriles. L’opinion, les marchés: comment ces deux facteurs cruciaux affectent-ils la gestion par Donald Trump de la guerre au Moyen Orient ? La question est au cœur de nouvel épisode de notre podcast Le Monde Selon Trump, avec Stephan Bureau, journaliste et consultant États-Unis de BFMTV, et notre correspondant à Washington Antoine Heulard. L’occasion également de faire un détour par le Venezuela, pour voir si la reprise en main par Washington produit déjà, près de trois mois après le spectaculaire raid américain sur Caracas, les dividendes promis par le président Trump… qui a aussi trouvé le temps de lancer un autre projet : deux nouvelles pièces de monnaie… à son effigie ! L’épisode est à écouter ici et à voir là.
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Il s’agit de la chute - spectaculaire - de la population des cinquante plus grandes agglomérations des États-Unis entre juin 2024 et juin 2025, selon les données du dernier recensement américain compilées par le Wall Street Journal. Los Angeles, San Diego et Miami sont particulièrement touchées, tandis qu’Austin (Texas), Raleigh (Caroline du Nord) ou encore Boise (Idaho) voient à l’inverse leurs populations augmenter. Deux mouvements majeurs expliquent cette évolution: la forte diminution de l’immigration depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, et un mouvement de population vers les villes de taille moyenne. En outre, les flux de migration sont désormais négatifs, pour la première fois depuis la Grande Dépression.
Une épaisse couche de mystère continue d’entourer l’un des dirigeants les plus puissants au monde. Qui est vraiment Vladimir Poutine ? Comment l’homme de Saint Pétersbourg s’est-il forgé une ambition hors du commun ? Comment a-t-il, étape par étape, froidement et méthodiquement, conquis tous les échelons du pouvoir avant de l’exercer de manière absolue ? Remarquablement documentée, écrite comme un thriller, l’enquête du journaliste Vincent Jauvert, qui a passé un quart de siècle à suivre le parcours de son sujet, regorge d’anecdotes saisissantes, des coulisses du Kremlin à celles des rencontres internationales en passant par la vie privée (manifestement bien remplie) du maître de Moscou. Avec un postulat qui, livré dès les premières lignes de son avant-propos, fait froid dans le dos: “La guerre sans fin. Voilà ce que nous prépare Vladimir Poutine. Une guerre sans fin contre l’Occident.”
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Thierry Arnaud