Après le canadien Mark Carney, c'est au tout du Britannique Keir Starmer d'amorcer un rapprochement avec Pékin. Le but est le même : réduire la dépendance vis à vis des États-Unis. Une intention qui sera difficile à traduire dans les faits.
Je suis Thierry Arnaud, éditorialiste à BFMTV, ex-correspondant à New York et Londres, ancien chef du service politique de BFMTV, ex-directeur de la rédaction de BFM Business et créateur du podcast “Le monde selon Trump”. Crises géopolitiques, tensions économiques, recompositions du pouvoir… Chaque semaine, je vous propose de décrypter l’actualité internationale.
Le Premier ministre britannique Keir Starmer (à gauche) visite les jardins Yuyuan à Shanghai le 30 janvier 2026. (Kin Cheung / AFP).
“Depuis un certain temps, l’unilatéralisme, le protectionnisme et la politique de la puissance se sont répandus et ont porté préjudice à l’ordre international. La Chine a toujours suivi le chemin d’un développement pacifique. Quelle que soit la manière dont elle continuera à croître, elle ne posera pas de menace à d’autres pays”
Xi Jinping, président de la République Populaire de Chine, 29 janvier 2026
C’est un geste diplomatique dont Keir Starmer se serait bien passé. Mais, visite officielle oblige, il fallait bien remettre un cadeau à un président chinois qui venait de lui dérouler le tapis rouge. Or Xi Jingping est un fan de Manchester United. Le Premier ministre britannique a donc dû se résoudre à lui remettre un ballon portant la signature des joueurs du prestigieux clud de football… en grinçant des dents. Car “Man U” venait de battre son équipe fétiche, Arsenal, par trois buts à deux, alors que les deux clubs se disputent la tête de la Premier League britannique. Mais le sacrifice en valait la peine. À l’issue d’une série de réunions de trois heures, Keir Starmer s’est réjoui d’un échange “chaleureux et constructif”.
À tous ceux qui pouvaient douter de la priorité de la visite, il suffisait de consulter la liste de l’imposante délégation britannique: une soixantaine de chefs d’entreprise, accompagnés de personnalités du monde culturel… Le Premier ministre britannique a assumé de mettre de côté - publiquement au moins - les sujets qui fâchent: les droits de l’homme, le soutien chinois discret mais réel à l’effort de guerre russe en Ukraine (“Nos deux pays veulent la paix”) pour se concentrer sur l’essentiel: favoriser la coopération économique.
Message reçu. “La Chine et le Royaume Uni soutiennent tous les deux le multilatéralisme et le libre échange”, a affirmé le président chinois. Avant d’ajouter : “Depuis un certain temps, l’unilatéralisme, le protectionnisme et la politique de la puissance se sont répandus et ont porté préjudice à l’ordre international.” Suivez son regard vers Washington : “La Chine a toujours suivi le chemin d’un développement pacifique. Quelle que soit la manière dont elle continuera à croître, elle ne posera pas de menace à d’autres pays.”
Dix jours plus tôt, la main tendue du Premier ministre canadien Mark Carney avait reçu le même accueil chaleureux. L’échange de bons procédés s’est avéré très concret. Le Canada a accepté l’importation de 49.000 véhicules électriques chinois avec un droit de douane de 6,1%, alors que la taxe avait ête portée à 100% en 2024… à la demande de Washington. En échange, la Chine a ramené à 15% la taxe sur les importations de colza canadien, contre 85% jusqu’ici. Mais au-delà de ces deux accords emblématiques, et d’avancées similaires attendues sur d’autres produits, c’est bien “un nouveau partenariat stratégique” que Mark Carney est venu metre sur lers rails, “qui reflète le monde tel qu’il est aujourd’hui et bénéficie aux peuples de nos deux pays”. La dernière visite d’un Premier ministre canadien en Chine remontait à 2017, près d’une décennie au cours de laquelle les tensions n’ont pas manqué - la Chine étant notamment accusée d’interférer dans les élections, de menacer la cybersécurité du Canada et de s’en prendre à la diaspora chinoise.
Mais dans le cas du Royaume Uni, et plus encore du Canada, il s’agit davantage d’amorcer un début de rééquilibrage que de s’affranchir d’une dépendance économique qui tient en quelques chiffres: les États-Unis représentent environ 22% des exportations britanniques, près de 80% des exportations canadiennes, la Chine entre 3 et 4%. On n’échappe pas si facilement à la puissance américaine…
Retrouvez le nouvel épisode de notre podcast, "Le monde selon Trump”. L’onde de choc de Minneapolis: Donald Trump face à une vague de mécontentement sans précédent. Avec le professeur Garret Martin de l’American University de Washington et le journaliste de BFMTV Jérémie Paire depuis Minneapolis.
L’épisode est à écouter ici.
C'est le montant de la dette américaine détenue par la Chine, selon les derniers chiffres disponibles. En repli de 10% depuis le début de l’année 2025, il est tombé à son plus bas niveau depuis 2008. Un repli qui n’est pas un lâchage, mais qui mérite d’être surveillé, même si les deux premiers détenteurs de dette US, le Japon (1200 milliards de dollars) et le Royaume Uni (888 milliards) tiennent bon et ont même récemment accru leur exposition.
Il est rare que les grands patrons américains donnent de la voix sur les sujets politiques les plus sensibles. Ces derniers mois, leurs prises de parole publiques ont surtout pris la forme d’une avalanche de louanges et d’encouragements adressés à Donald Trump, dans l’espoir d’un renvoi d’ascenseur toujours bon pour le business. C’est pourquoi les critiques et inquiétudes (certes mezzo vocce) exprimées à propos de l’action de la police fédérale de l’immigration à Minneapolis est d’autant plus remarquable. Un mot - “désescalade” - est revenu dans la plupart des injonctions, de Tim Cook (Apple) à Brian Niccol (Starbucks) en passant par Jeff Harmening (General Mills), Stephen Hemsley (United Health) ou encore Michael Fiddelke (Target). Lire ici cet article très éclairant.
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Thierry Arnaud