Et maintenant, le Groenland ?

Après la spectaculaire capture du président vénézuélien Nicolas Maduro et de son épouse Cilia Flores, Donald Trump entend désormais conquérir la plus vaste île du monde, territoire danois. Il se dit prêt à signer un chèque... ou à envoyer l'armée. Ira-t-il jusqu'au bout ?

L'envers du globe
4 min ⋅ 09/01/2026

Je suis Thierry Arnaud, éditorialiste à BFMTV, ex-correspondant à New York et Londres, ancien chef du service politique de BFMTV, ex-directeur de la rédaction de BFM Business et créateur du podcast “Le monde selon Trump”. Crises géopolitiques, tensions économiques, recompositions du pouvoir… Chaque semaine, je vous propose de décrypter l’actualité internationale.

Sous le slogan « Le Groenland appartient au peuple groenlandais », la manifestation a eu lieu devant le consulat américain à Nuuk, au Groenland, le samedi 15 mars 2025. (AFP)

Décidé à s’offrir le vaste territoire danois, Trump envisage le chèque si possible, l’armée si besoin

“Nous avons besoin du Groenland pour des raisons de sécurité nationale. C’est tellement stratégique. Aujourd’hui, le Groenland est littéralement couvert de navires russes et chinois… et le Danemark ne va pas pouvoir gérer”.
Donald Trump, président des États-Unis, à bord de Air Force One, 4 janvier 2024

Planter le drapeau américain au Groenland, Donald Trump en rêve - et en parle - depuis longtemps. Le sujet est sur la table dès son premier mandat, dans un premier temps relativement discrètement. Mais lorsqu’un journaliste l’interroge sur le tarmac de l’aéroport d’Andrews, en août 2019, le président américain se lâche: “Fondamentalement, c’est une grosse transaction immobilière, résume l’ancien promoteur. On peut faire beaucoup de choses. Cela fait très mal au Danemark, ils y perdent 700 millions de dollars par an”. Généreuse, l’Amérique est donc prête à sortir son carnet de chèque pour débarrasser le Danemark de ce gouffre financier.

À l’époque, l’offre, perçue comme une provocation, voire une excentricité, fait plutôt sourire. Elle est balayée d’un revers de main par le Danemark et ses partenaires européens. Peut-être oublient-ils un peu vite qu’elle vient de loin. Qu’en 1867, le président Andrew Johnson avait demandé à son Département d’État d’étudier la possibilité de faire du Groenland un territoire américain, certes sans que cela ne débouche sur une offre formelle. En 1946, Harry Truman, soucieux de placer au mieux ses pions sur l’échiquier mondial de la guerre froide, propose au Danemark 100 millions de dollars en or (soit environ 1,7 milliard de dollars actuels) pour acheter le Groenland. Il essuie aussitôt un refus catégorique et l’offre, secrète, ne sera rendue publique qu’en 1991. Donald Trump, pour qui diplomatie ne rime pas avec discrétion, ambitionne ainsi d’assouvir une ambition américaine vieille d’au moins 150 ans.

Une acquisition “vitale”

À la main tendue d’août 2019 succède la menace de janvier 2026. Donald Trump veut le Groenland, fixe un délai de vingt jours pour obtenir son rattachement aux États-Unis d’Amérique. À bord de l’avion Air Force One qui le ramène vers Washington à l’issue d’un long séjour en Floride pour les fêtes de fin d’année, il en donne clairement les raisons: “Nous avons besoin du Groenland pour des raisons de sécurité nationale. C’est tellement stratégique. Aujourd’hui, le Groenland est littéralement couvert de navires russes et chinois… et le Danemark ne va pas pouvoir gérer.” Quelques heures plus tard, sa porte-parole Karoline Leavitt sera plus explicite encore.“L’acquisition du Groenland est une priorité pour la sécurité nationale des États-Unis, et elle est vitale pour dissuader nos adversaires dans la région, déclare-t-elle. Le président et son équipe étudient une série d’options et, bien entendu, le recours aux forces armées est toujours une option à la disposition du Commandant en Chef.” Exprimée aussi clairement et dans la foulée de la spectaculaire capture du couple Maduro au Venezuela, l’ambition conquérante de Donald Trump ne fait plus rire personne.

Brandir le bâton pour faire avaler la carotte

Les États-Unis n’ont en réalité aucune intention de lancer une opération militaire de conquête du Groenland dans les jours qui viennent : c’est, en tous les cas, ce que vient d’expliquer le secrétaire d’État Marco Rubio à des élus du Congrès dans une réunion à huis clos révélée par le Wall Street Journal. L’offre de compensation financière reste le moyen privilégié - l’Amérique brandit le bâton pour mieux faire avaler la carotte. Le Danemark y répond jusqu’ici par une double proposition: d’une part étendre la présence militaire américaine sur le territoire, au-delà de la base actuelle de Pituffik, qui concentre des moyens aériens et radars et abrite environ 200 hommes; d’autre part, élargir l’accès des entreprises américaines aux ressources naturelles de l’île, riche en minéraux et en terres rares. Copenhague et ses alliés européens font le pari que l’Amérique de Donald Trump n’osera jamais s’en prendre militairement à un allié de l’OTAN, membre de l’Union Européenne. Mais parier sur la sagesse de Donald est-il encore réaliste ?

C’est justement pour tenter de percer les mystères du 47e président des États-Unis que nous lançons “Le Monde selon Trumpr”, notre podcast hebdomadaire. Car de Caracas à Téhéran, de l’Ukraine à la bande de Gaza en passant par le Groenland, et de la charte de l’OTAN aux règles du commerce mondial, jamais depuis la seconde guerre un président américain n’avait à ce point imposé sa force et dicté l’agenda international… Qu’on le veuille ou non, nous vivons tous aujourd’hui dans le monde de Donald Trump… Jusqu'où ira-t-il ? Qui pourra, qui osera l'arrêter ? Chaque semaine, nous enrichirons cette lettre avec ce podcast dans lequel je reçois des journalistes, des correspondants et des invités. Vous pourrez d’ores et déjà retrouver le premier épisode ici. J’y dialogue avec Christine Ockrent et Antoine Heulard, le correspondant de BFMTV à Washington. Bon écoute.


[En partenariat avec Dargaud]

Murena revient avec un 13ᵉ tome brûlant

Alors que la popularité de Néron vacille après l’incendie de Rome, l’empereur lance de grands jeux pour reconquérir le peuple. Dans l’ombre, complots et ambitions s’aiguisent, tandis que l’Hydre étend son influence. Traqué mais déterminé, Lucius Murena ose défier l’empereur pour lui rappeler que même les dieux détournent parfois les yeux des puissants.

Avec Les Neronia, la bande dessinée historique et emblématique Murena, publiée chez Dargaud, confirme ici toute sa puissance narrative et visuelle. Sous le trait réaliste de Jérémy, élève du regretté cofondateur Philippe Delaby, ce tome renouvelle la fresque de Jean Dufaux avec une Rome plus intense que jamais.

Lire les premières pages de Murena

Le chiffre

1 million de barils par mois

Le Venezuela exportait de 800.000 à un million de barils de pétrole brut par mois avant l’intervention militaire américaine, dont 80% à destination de la Chine - représentant ainsi une part substantielle des quelque 12 millions de barils d’importations mensuelles de la République populaire. 30 à 50 mllions de barils devront dorénavant être mis à la disposition des Etats-Unis, qui en géreront les revenus, a annoncé le président américain Donald Trump. Ils bénéficieront, selon lui, “au peuple du Venezuela et aux États-Unis” mais dans des proportions qui n’ont pas été précisées.

La lecture de la semaine

“Décrypter le monde contemporain, de 1946 à nos jours”, Jérémie Halais, Larousse, 2025

De 1946 à 2001, du lendemain de la Seconde Guerre Mondiale à l’effondrement de l’Union Soviétique, Jérémie Halais balaie plus de 50 ans d’histoire, cartes, graphiques et documents. à l’appui pour livrer dans un ouvrage accessible et pédagogique l’émergence d’un nouvel ordre mondial. La densité du dernier quart de siècle ne manquera pas d’imposer bientôt de nouveaux chapitres.

https://www.librairienouvelle.com/livre/25930893-decrypter-le-monde-contemporain-de-1946-a-nos-jours-le-monde-d-apres-1945-jeremie-halais-larousse

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Thierry Arnaud

L'envers du globe

Par Thierry Arnaud

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