Donald Trump face au risque iranien

Après avoir affiché sa détermination à renverser le régime des Mollahs et à soutenir les manifestants, le président américain n'a pas voulu précipiter une intervention militaire. Cette circonspection, qui ne vaut pas renoncement, témoigne de l'ampleur d'un double risque pour la région et pour lui-même.

L'envers du globe
4 min ⋅ 16/01/2026

Je suis Thierry Arnaud, éditorialiste à BFMTV, ex-correspondant à New York et Londres, ancien chef du service politique de BFMTV, ex-directeur de la rédaction de BFM Business et créateur du podcast “Le monde selon Trump”. Crises géopolitiques, tensions économiques, recompositions du pouvoir… Chaque semaine, je vous propose de décrypter l’actualité internationale.

Deux jeunes Iraniennes brandissent des portraits du Guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, lors d'une procession funéraire en hommage aux victimes des récentes manifestations en Iran, le 14 janvier 2026. (Photo : Morteza Nikoubazl / NurPhoto / NurPhoto via AFP)

Avant de donner son feu vert à un bombardement de l’Iran, le président américain veut être sûr de gagner

“Le président et son équipe ont fait savoir au régime iranien que si les tueries continuent, il y aurait des conséquences graves. Seul le président Trump sait ce qu’il va faire et un très petit nombre de conseillers partagent sa réflexion”
Karoline Leavitt, porte-parole de Donald Trump, 15 janvier 2026

Les sources nombreuses et concordantes citées par plusieurs grands médias américains de référence livrent toutes le même récit: il s’en est fallu de peu pour que l’Iran ne devienne, en cette mi-janvier, le septième pays pris pour cible par les États-Unis depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche voici tout juste un an. Mais, après la Syrie, l’Irak, la Somalie, le Yemen, le Nigeria et bien sûr le Venezuela, le défi est cette fois d’une tout autre ampleur: faire tomber un régime qui, en 47 ans de pouvoir, a su développer de profondes racines, et éviter une réplique qui pourrait faire mal non seulement aux bases américaines à proximité de la République islamique mais aussi aux alliés des États-Unis dans la région. Pour ces deux raisons, le président américain a choisi de se donner un peu de temps, ce que l’on n’attendait pas forcément.

Résultat non garanti

Surseoir ne veut pas dire renoncer. Mais Donald Trump a manifestement choisi d’écouter deux séries d’arguments qui lui ont été présentés au cours de la semaine écoulée. La première est que, quoique substantielles, les forces armées américaines déployées dans la région n’étaient pas suffisantes pour mener trois missions simultanées: attaquer l’Iran, défendre les bases américaines, protéger ses alliés, à commencer par Israël, d’une réplique inévitable de l’Iran. Benyamin Nétanyahu, le premier ministre israélien dont ce n’est pas le registre habituel, aurait lui-même plaidé pour la circonspection lors d’un appel téléphonique avec le président américain. Le Qatar, qui abrite la base américaine d’al-udeid, la plus importante de la région, a fait passer le même message, tout comme l’Arabie Saoudite. “Nous ne voulons pas d’intervention”, a tranché publiquement le ministre turc des Affaires Etrangères, Hakan Fidan. Tous privilégient une solution négociée. Mais qu’y a-t-il à négocier avec un régime qui vient de tuer des milliers de manifestants ?

Le Pentagone a présenté la seconde série d’arguments. Certes, les frappes aériennes pourraient être dévastatrices, réduire en poussière les installations militaires les plus importantes, anéantir en grande partie l’infrastructure sur laquelle se reposent les tout-puissants Gardiens de la Révolution. Mais faire tomber le régime, c’est autre chose. Sous les ruines, il continuera à s’accrocher, ont plaidé les conseillers auprès du président américain. Ils savaient jouer sur la corde sensible: Donald Trump ne donnera le go que s’il entrevoit clairement la perspective d’une victoire rapide et incontestable. À l’inverse, taper sans résultat probant, ou pire encore enliser l’Amérique dans un conflit au long cours ne peut s’envisager.

Une semaine pour préparer une offensive massive

En attendant, la seule menace aurait suffi à persuader les maîtres de Téhéran de renoncer aux tueries, a affirmé Donald Trump. Dans les geôles iraniennes, 800 vies auraient été épargnées grâce aux président américain, a déclaré sa porte-parole Karoline Leavitt. Faut-il en conclure pour autant que l’option d’une attaque massive est définivement écartée ? Assurément non. “Le président et son équipe ont faire savoir au régime iranien que si les tueries continuent, il y aurait des conséquences graves. Seul le président Trump sait ce qu’il va faire et un très petit nombre de conseillers partagent sa réflexion”, a souligné cette même Karoline Leavitt. “Faut-il une grande ou une petite opération ? Je suis dans le camp de ceux qui disent une grande”, a affirmé le sénateur républicain Lindsey Graham, qui sait avoir l’oreille de Donald Trump. Avant d’ajouter, martial : “J’espère que les jours de ce régime sont comptés.” Il ne fait aucun doute que faire tomber le régime de Téhéran, le président américain en rêve, lui qui à chaque occasion rappelle et érige en parfait contre-exemple le fiasco de la tentative de libération des otages américains de l’ambassade américaine de Téhéran en 1979 - un échec qui contribua largement à annihiler tout espoir de réélection pour le président démocrate Jimmy Carter l’année suivante. C’est pour cette raison qu’ordre a été donné au porte-avion Abraham Lincoln de quitter la mer de Chine du Sud pour faire route vers le Moyen Orient. Il sera “sur zone”, comme disent les militaires, dans environ une semaine. Dès lors, tout sera possible.

Retrouvez le deuxième épisode de notre podcast, "Le monde selon Trump”. J’y reçois Melissa Bell, la correspondante en France de CNN et Antoine Heulard, correspondant de BFMTV à Washington, pour évoquer le rapport du président américain au droit international, à la la justice et vis-à-vis de la FED.
« International, immigration, économie, médias...: comment Donald Trump veut s'affranchir des contre-pouvoirs, l’épisode est à écouter ici.

https://www.bfmtv.com/podcasts/le-monde-selon-trump/otan-fed-ice-comment-donald-trump-veut-s-affranchir-des-contre-pouvoirs_EN-202601160482.html

[En partenariat avec Dargaud]

Murena revient avec un 13ᵉ tome brûlant

Alors que la popularité de Néron vacille après l’incendie de Rome, l’empereur lance de grands jeux pour reconquérir le peuple. Dans l’ombre, complots et ambitions s’aiguisent, tandis que l’Hydre étend son influence. Traqué mais déterminé, Lucius Murena ose défier l’empereur pour lui rappeler que même les dieux détournent parfois les yeux des puissants.

Avec Les Neronia, la bande dessinée historique et emblématique Murena, publiée chez Dargaud, confirme ici toute sa puissance narrative et visuelle. Sous le trait réaliste de Jérémy, élève du regretté cofondateur Philippe Delaby, ce tome renouvelle la fresque de Jean Dufaux avec une Rome plus intense que jamais.

Lire les premières pages de Murena

Le chiffre

1189 milliards de dollars

On l’attendait. C’est confirmé: l’excédent commercial chinois a atteint un nouveau et spectaculaire record en 2025: 1189 milliards de dollars. Les exportations ont progressé de 5,5 % en un an, malgré les sanctions américaines. Certes,, les échanges ont été pénalisés. Les exportations chinoises ont reculé de 20 % et les importations de 14,6 %, soit une baisse globale des échanges de 18,7 %. Mais l’Afrique, l’Asie du Sud-est et l’UE, avec une hausse des exportations de 8,4%, ont plus que compensé ce recul. En outre, la Chine a été en 2025 le premier exportateur mondial d’automobiies pour la troisième année consécutive.

La lecture de la semaine

The Elements of Power : A Story of War, Technology and the Dirtiest Supply Chain on Earth” par Nicolas Niarchos (éd.William Collins /Penguin Press)

De la Silicon Valley aux mines congolaises en passant par les mega-factories chinoises, un voyage fascinant dans le monde des batteries, son développement fulgurant (saviez-vous que le département recherche-développement du constructeur automobile chinois BYD emploie… 11.000 personnes ?) et sa terrible part d’ombre - la pollution, les épouvantables conditions de travail dans les mines qui en font “la chaîne d’approvisionnement la plus sale au monde”. Produit de quatre ans de recherche et de reportage, le premier livre de Nicolas Niarchios livre un récit exceptionnellement riche sur l’un des plus importants bouleversements industriels de notre époque.

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Thierry Arnaud

L'envers du globe

Par Thierry Arnaud

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