Kessel

Le trou d'air de Donald Trump

Après une série inhabituelle de maladresses, la popularité du président américain décroche et les revers électoraux se multiplient. Des signaux qui commencent à inquiéter son camp à l'approche des élections de mi-mandat.

L'envers du globe
4 min ⋅ 13/02/2026

Je suis Thierry Arnaud, éditorialiste à BFMTV, ex-correspondant à New York et Londres, ancien chef du service politique de BFMTV et directeur de la rédaction de BFM Business. Crises géopolitiques, tensions économiques, recompositions du pouvoir… Chaque semaine, je vous propose de décrypter l’actualité internationale.


Le président américain Donald Trump dans le salon Roosevelt de la Maison Blanche à Washington, le jeudi 12 février 2026 alors qu’il annonce l’annulation de mesures visant à réduire la pollution. Le recul le plus important de son administration en matière de politique climatique à ce jour. (Photo Saul Loeb/AFP).

Les errements du président américain inquiètent son camp et déconcertent un nombre croissant d’Américains

“Ils me disent en chuchotant: ‘‘Tu es tellement courageux, je suis totalement d’accord avec toi. Il est fou!” Et après, ils vont devant les caméras et ils disent que Donald Trump est le plus grand président depuis Abraham Lincoln. Puis ils reviennent me voir et ils me disent: “tu sais, je suis obligé de faire ça, mais je ne le pense pas vraiment.””

Chris Christie, ancien gouverneur républicain du New Jersey, sur HBO, 6 février 2026, livrant les confidences d’élus de son parti à propos de Donald Trump

Ancien gouverneur républicain du New Jersey, Chris Christie n’a jamais aimé Donald Trump et il est ce qu’il est convenu d’appeler une grande gueule. On n’est donc pas surpris de le voir se lâcher lorsqu’il prend place de son fauteuil d’invité de l’émission “Real Time with Bill Maher” ce vendredi 6 février. Il raconte comment les élus républicains mutliplient les confidences en coulisses. “Ils me disent en chuchotant: ‘‘Tu es tellement courageux, je suis totalement d’accord avec toi. Il est fou!” Et après, ils vont devant les caméras et ils disent que Donald Trump est le plus grand président depuis Abraham Lincoln. Puis ils reviennent me voir et ils me disent: “tu sais, je suis obligé de faire ça, mais je ne le pense pas vraiment.””

Ce double langage des responsables républicains vis-à-vis de Donald Trump n’est pas une nouveauté. Chris Christie lui-même fut un moment proche du président américain, dont il dirigea l’équipe de transition après la victoire à la présidentielle de 2016 avant de tourner casaque. Et, jusqu’ici, les quelques voix ouvertement critiques au sein du “Grand Old Party” émanent dans la quasi-totalité des cas d’élus en fin de mandat, qui ont choisi de ne pas se représenter, à l’image du sénateur de Caroline du Nord Thom Tillis. Mais à moins de neuf mois des élections à mi-mandat (où l’on renouvelle l’intégralité de la Chambre des Représentants, le tiers du Sénat, sans compter une multitude de scrutins locaux), la nervosité du camp républicain est de plus en plus palpable. Et le responsable de cette fébrilité n’est autre que le président lui-même.

Fin du ”mojo”?

Donald Trump a-t-il perdu son ”mojo” ? Force est de constater que depuis plusieurs semaines, cet animal politique hors du commun à l’instinct exceptionnel pour sentir le pouls de sa base “MAGA”, entretenir la flamme et la mobiliser enchaîne les revers et les bourdes. La Maison Blanche et le président lui-même se sont empêtrés dans des tentatives successives et vaseuses de justification de la mise en ligne sur son compte Truth Social d’un clip vidéo s’achevant par l’image du couple Obama grimé en singes, indiscutablement et outrageusement raciste - fidèle à sa ligne, Donald Trump n’y a pas vu matière à s’excuser. Le déferlement d’injures présidentielles visant la star portoricaine Bad Bunny et son spectacle à la mi-temps du Superbowl ont indisposé une partie de son camp - et jusqu’à la figure d’extrême droite Nick Fuentes. La mort de deux Américains tombés sur les balles de la police de l’immigration à Minneapolis a laissé des traces. Envoyé sur place par Donald Trump, Tom Bowman vient d’ailleurs d’annoncer le retrait de l’ICE comme nous le racontions dans un épisode de notre podcast Le Monde selon Trump” à écouter ici.

Un bilan économique contesté

Cible priviligiée du président et de sa pugnace porte-parole Karoline Leavitt, les médias ne cessent d’être accusés ces derniers jours d’être obsédés par l’affaire Epstein et de ne pas avoir assez mis en valeur un chiffre: 50.000. C’est un nouveau record, un chiffre symbolique franchi pour la première fois par l’indice phare de Wall Street, le Dow Jones Industrial Average, qui serait le symbole de la santé exceptionnelle de l’économie américaine, et du succès des mesures mises en place, à commencer par les droits de douane.

De fait, la bourse a progressé de 15% depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche. Mais la majorité des Américains ne semblent pas partager l’enthousiame des salles de marché. Selon une synthèse de sondages que vient de publier la chaîne CNN, 52% des Américains considèrent que la politique conduite par le président américain a dégradé l’état de l’économie, tandis que seuls 28% sont d’un avis inverse. La sanction des urnes, le décrochage des sondages

Depuis quelques semaines, cette mauvaise humeur se traduit dans les urnes, jusqu’au coeur de l’Amérique républicaine. Un démocrate remporte un siège de sénateur de l’Etat du Texas avec 14 points d’avance dans une circonscription largement dominée par Donald Trump en 2024. Même chose en Louisiane pour un siège au Congrès local et dans l’État de l’Oklahoma, une autre élection locale où le parti de Donald Trump certes conserve un siège mais recule de 30 points par rapport à l’élection présidentielle… À l’échelle nationale, la cote de popularité du président est en recul: 36% d’opinions favorables dans le dernier baromètre Gallup, soit un recul de onze points depuis le début du second mandat, et l’un des plus mauvais scores pour un président depuis la création de ce baromètre, il y a 88 ans. Seule bonne nouvelle pour Donald Trump: Gallup a annoncé que ce sondage présidentiel serait le dernier de cette série historique, la plus ancienne du pays. Quelques mauvais esprits y ont vu un lien avec les importants contrats avec le gouvernement fédéral essentiels pour l’activité de l’institut. Encore plus désagréable pour le président américain: 48% des Américains jugent que… Joe Biden a été un meilleur président que Donald Trump, alors que 40% sont d’un avis inverse, selon Rasmussen.

De là à entrer en résistance, il y a un grand pas que la masse des élus républicains se garde de franchir. Mais quelques signes apparaissent. Une poignée d’élus a ainsi fait dissidence pour faire voter une loi imposant à Donald Trump la diffusion d’une partie du dossier Epstein et pour ramener sous la responsabilité du Congrès la politique en matière de droits de douane.

Et pour savoir si l’affaire Epstein peut ou non faire vaciller la présidence américaine, je vous propose d’écouter le nouvel épisode de mon podcast, Le Monde selon Trump. Pour y répondre, je reçois Ellen Kountz, auteure et professeur à l’INSEEC Paris, Reed Brody, avocat, ancien substitut du procureur de New York et Antoine Heulard, correspondant aux États-Unis pour BFMTV.

L’épisode est à écouter ici.

https://www.bfmtv.com/podcasts/le-monde-selon-trump/l-affaire-epstein-peut-etre-faire-chuter-donald-trump_EN-202602130657.html

Le chiffre

5,1 milliards de dollars

Le montant estimé des revenus pétroliers de la Russie en janvier 2026, soit un net recul par rapport au mois précédent (7,6 milliards) et un véritable effondrement sur une année (14,5 milliards de dollars en janvier 2025). L’impact conjugué des sanctions américaines sur Rosneft et Lukoil, et européennes sur les importations de carburant d’origine russe se fait ainsi clairement sentir et accroît la pression sur les finances publiques.

A lire aussi
L'année démarre mal pour la Russie: les prix du pétrole qu'elle exporte ont chuté de 40% depuis octobre et elle est contrainte de passer par la contrebande pour l'écouler

La lecture de la semaine

“Super Nintendo: How One Japanese Company Helped the World Have Fun” par Keza MacDonald, Editions Guardian Faber

La franchise la plus lucrative de tous les temps, tous supports confondus ? Star Wars ? Harry Potter ? Les séries Marvel ? Aucune ne joue dans la même cour que les “monstres de poche”, les Pokemon du géant japonais Nintendo et… les 115 milliards de dollars de revenus générés par Pikachu et ses acolytes. Keza McDonald qui dirige la rubrique consacrée aux jeux vidéos du quotidien britannique The Guardian livre un récit palpitant de ce succès planétaire, fourmillant d’anecdotes et d’entretiens avec les créateurs depuis quatre décennies d’une série de jeux à succès, de Super Mario à Donkey Kong en passant par la légende de Zelda. Tous défendent avec ardeur le même credo: la joie de jouer!


Super Mario plus fort que les héros Marvel. La franchise de Nintendo a généré à ce jour 115 milliards de dollars.

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Thierry Arnaud

L'envers du globe

Par Thierry Arnaud

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