Je suis Thierry Arnaud, éditorialiste à BFMTV, ex-correspondant à New York et Londres, ancien chef du service politique de BFMTV et directeur de la rédaction de BFM Business. Crises géopolitiques, tensions économiques, recompositions du pouvoir… Chaque semaine, je vous propose de décrypter l’actualité internationale.
Le président américain Donald Trump, le président français Emmanuel Macron et le président ukrainien Volodymyr Zelensky participent à une session de travail lors du sommet du G7 à Évian-les-Bains, , le 16 juin 2026. (Photo Thibault Camus / AFP)
Une unité retrouvée, mais fragile, pour soutenir Kyiv
“Il se débrouille bien. Il tient le choc. Il faut reconnaître qu’il est courageux, il a du très bon matériel et de très bons hommes, des combattants”
Donald Trump, à propos du président ukrainien Volodymyr Zelensky, dans le bureau ovale, le 25 juin 2026
“M. le Président, vous aimez ceux qui gagnent. Pensez-vous que le président Zelensky est en train de gagner?” On sait combien Donald Trump peut être avare de compliments quand il s’agit de l’Ukraine et de son président. Mais il n’a pas échappé au président américain que ces derniers mois, sur le terrain, l’Ukraine fait mieux que tenir face à une Russie qui souffre. C’est donc avec grand intérêt que l’on attendait sa réponse à la question, habilement posée, dans le bureau ovale, ce mercredi 25 juin, à l’occasion d’un entretien avec le secrétaire général de l’OTAN Mark Rutte. Et, de fait, Donald Trump se montre élogieux: “Il se débrouille bien. Il tient le coup.” Certes, il y a encore beaucoup de morts des deux côtés, déplore le président américain, mais pour ajouter aussitôt: “Il faut reconnaître qu’il est courageux, il a du très bon matériel et de très bons hommes, des combattants.”
C’est dire le chemin parcouru depuis la terrible confrontation, dans ce même bureau ovale, le 28 février 2025, Accusé d’être un ingrat par Donald Trump et son vice-président JD Vance, de ne pas avoir remercié les États-Unis pour l’aide apportée (ce qu’il avait pourtant fait à de multiples reprises), Volodymyr Zelensky s’y voyait mis en demeure de conclure au plus vite un accord de paix avec la Russie, quel qu’en soit le prix, car il ne détenait “aucune carte”. “Je ne joue pas aux cartes. Je suis très sérieux,répondit alors le président ukrainien. Je suis un président en temps de guerre.”
“Reconvergence”
Seize mois plus tard, le climat a incontestablement changé. La semaine dernière, à l’occasion du G7 d’Evian, les États-Unis ont accepté la publication d’un communiqué commun de soutien à l’Ukraine où les participants se déclarent “unis dans notre soutien indéfectible à l’Ukraine alors qu’elle défend sa liberté, sa souveraineté et son intégrité territoriale”. Ils s’engagent à “accroître la fourniture de capacités de défense aérienne, de systèmes et d’intercepteurs supplémentaires ainsi que de capacités de longue portée” et se disent “prêts à accorder à l’Ukraine le bénéfice de licences lui permettant d’accroître sa production militaire”. Et tous, États-Unis compris, valident le principe d’un renforcement des sanctions visant la Russie “y compris sur les secteurs du pétrole et du gaz”.
“Nous sommes dans un moment de reconvergence entre les Européens et les Américains”, s’est réjoui Emmanuel Macron depuis Berlin, où il était venu rencontrer ses partenaires européens de l’ “E5” (Allemagne, Royaume-Uni, Italie, Pologne) pour préparer le prochain sommet de l’OTAN, tandis que le Chancelier Friedrich Merz enfonçait le clou: “Nous sommes unis comme jamais sur le plan transatlantique, et nous espérons que Moscou en tirera des conclusions. Il est temps d'engager des pourparlers de paix.”
De la parole aux actes
Si les propos sont fermes, il est clair aux yeux de tous ceux qui les ont tenus qu’il en faudra davantage pour émouvoir Vladimir Poutine, et l’amener à la table des négociations pour y accepter autre chose qu’une capitulation de l’Ukraine. Il reste donc désormais à traduire en actes la volonté exprimée à Évian et Berlin. D’autant que si Donald Trump a changé de discours, c’est sur les mêmes bases qu’il envisage les prochaines étapes d’une aide militaire américaine à l’Ukraine: que la facture soit pour les autres - c’est à dire, en l’occurrence, les Européens.
À moins de cinq mois de cruciales élections à mi-mandat, il n’est pas question pour lui de se mettre à dos les contribuables américains, qu’il s’agisse de l’Ukraine ou de l’Iran. Une semaine après la signature d’un protocole en 14 points et alors que débute dans la douleur un laborieux processus de négociation censé aboutir en 60 jours, le “commander in chief” peine toujours autant à convaincre qu’il a remporté une victoire éclatante. L’engagement pris à financer un programme de reconstruction de l’Iran à hauteur de 300 milliards de dollars passe particulièrement mal. Qu’a réellement gagné Donald Trump au terme du conflit engagé le 28 février ? C’est le thème principal du nouvel épisode de notre podcast Le Monde Selon Trump, avec Tara Varma, directrice du programme de prospective stratégique du German Marshall Fund, et notre correspondant à Washington Antoine Heulard.
L’épisode est à écouter ici et à voir là
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Le chiffre
100 milliards de dollars
C’est ce que pourrait rapporter, sur cinq ans, la taxe sur les plus hauts revenus qui sera soumise au vote des Californiens aux élections de novembre. Elle a pour objectif de compenser les coupes dans les prestations sociales votées par le Congrès dans le cadre de la loi de finances baptisée “big, beautiful bill” par Donald Trump. Portée par le syndicat des professions de santé, cette proposition a été maintenue malgré l’opposition du gouverneur de Californie. Probable candidat à l’élection présidentielle, Gavin Newsom redoute son impact sur les investisseurs. Mais 76% des électeurs démocrates la soutiennent. Un projet alternatif, soutenu notamment par le cofondateur de Google Sergey Brin, proposant une taxe de 5% non renouvelable n’a, lui, pas été retenu.
La lecture de la semaine
“Regime Change”, Maggie Haberman et Jonathan Swan, éd. Simon & Schuster
C’est le livre dont tout le monde parle à Washington, et qui s’arrache depuis sa sortie le 23 juin. Produit de plusieurs mois d’enquêtes et d’un millier d’interviews réalisées par deux journalistes du New York Times, il livre une série d’anecdotes et de révélations sur les coulisses du second mandat de Donald Trump, tant sur sa vie privée que sur sa gestion du pays. Côté pile, un président qui enchaîne les nuits blanches, laisse sa chambre, séparée de celle de la première dame, jonchée de détritus et se montre obsédé par la décoration, dont il se charge parfois lui-même pot de colle à la main, de la Maison Blanche en général et du bureau ovale en particulier. Côté face, on relèvera notamment le récit exceptionnellement détaillé de deux réunions houleuses au sein de la célèbre “situation room”, l’une consacrée à la guerre en Iran et l’autre à l’affaire Epstein. En émerge le portrait perturbant d’un président convaincu que désormais rien ne peut plus l’empêcher d’imposer sa “vérité”.
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Thierry Arnaud
