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Donald Trump place à nouveau l'OTAN dans son viseur

C'est un nouveau sommet annuel sous tension qui s'ouvre à Ankara ce mardi 7 juillet. Le président américain continue de reprocher à ses alliés un effort financier insuffisant et leur refus de contribuer à la guerre au Moyen Orient. Il entend désormais leur apporter un soutien sélectif, dépendant des réponses apportées à ses injonctions.

L'envers du globe
4 min ⋅ 03/07/2026

Je suis Thierry Arnaud, éditorialiste à BFMTV, ex-correspondant à New York et Londres, ancien chef du service politique de BFMTV et directeur de la rédaction de BFM Business. Crises géopolitiques, tensions économiques, recompositions du pouvoir… Chaque semaine, je vous propose de décrypter l’actualité internationale.

Jeudi 18 juin 2026, les ministres de la Défense des pays de l’Alliance ont tenu leur dernière réunion avant le sommet qui se tiendra à Ankara les 7 et 8 juillet. Mark Rutte, le secrétaire général de l’OTAN, a indiqué que les ministres avaient « bien avancé » sur les dossiers prioritaires. Reste une question : recevront-ils l’agrément de Donald Trump ? (AFP)

À Ankara, les Etats-Unis veulent imposer leurs conditions à l’OTAN

“Nous pensons que ceux qui en font plus (pour répondre aux demandes américaines) doivent en retirer davantage de bénéfices. Il y a beaucoup de moyens pour y parvenir”
Matthew Whitaker, ambassadeur des États-Unis auprès de l’OTAN, 1er juillet 2026

Dix jours avant l’ouverture du sommet de l’OTAN, ce 7 juillet à Ankara, Donald Trump a tenu à mettre les choses au point. “Si ce n’est le fait que le sommet est organisé en Turquie par le président Erdogan, je pense que je n’y serais pas allé”, a expliqué le président américain depuis la Maison Blanche. Avant de préciser : “Il m’a appelé et m’a dit: ‘Le sommet est en Turquie, s’il vous plaît, il faut que les États-Unis soient là’… Alors j’y vais, par respect pour le président Erdogan.”

Cette posture distante, pour ne pas dire hostile, vis-à-vis de la plupart de ses alliés au sein de l’Alliance, n’aura surpris personne. Les motifs en sont connus, et ont déjà été exprimés à de multiples reprises. Mais Donald Trump a tout de même tenu à les réitérer, chiffres à l’appui, dans un message publié sur son réseau Truth Social le jeudi 2 juillet. “Les États-Unis dépensent plus d'argent pour l'OTAN que tout autre pays, de loin, pour les protéger, sans en tirer aucun avantage, s’est-il indigné. Les États-Unis 999 milliards de dollars, le Royaume-Uni, 90,5 milliards de dollars, la France, 66,5 milliards de dollars, l’Italie, 48,8 milliards de dollars, La Pologne, 44,3 milliards de dollars. D'autres, y compris l'Allemagne, sont BEAUCOUP PLUS BAS. Ridicule!”

Toujours plus

La Maison Blanche est allée puiser ces chiffres aux meilleures sources: une étude que vient de publier l’OTAN elle-même sur les dépenses en matière de défense sur la période 2014-2025. Si les montants présentés peuvent donner matière à débat, c’est surtout leur présentation par le président américain qui est au coeur de la confrontation transatlantique. Car les alliés sont unanimes à considérer que les États-Unis n’ont pas dépensé un millier de milliards de dollars en une décennie “pour l’OTAN sans en tirer aucun avantage” mais avant tout pour assurer leur propre sécurité. Ce qui ne les empêche pas d’une part de reconnaître que le “parapluie américain” a bien constitué jusqu’ici le pilier essentiel de l’Alliance, et d’autre part de comprendre le sens du message de Donald Trump, qui tient en deux mots: toujours plus.

Il y a tout juste un an, au sommet de La Haye, le président américain a obtenu ce qu’il était venu chercher: une promesse symbolique de ses alliés (à l’exception de l’Espagne). Ils se sont engagés à porter leurs budgets de défense à 5% de leur PIB d’ici 2035 - en réalité 3,5% s’agissant des dépenses strictement militaires et 1,5% au titre de “dépenses de sécurité” au sens large. Manifestement, la marche vers cet objectif n’est pas suffisamment rapide ou convaincante aux yeux du maître de la Maison Blanche.

Donnant donnant

Donald Trump reproche également à ses partenaires de ne pas s’être engagés aux côtés de l’Amérique dans la guerre contre l’Iran, qu’il s’agisse de faire la police dans le détroit d’Ormuz ou de permettre aux avions américains d’utiliser leurs bases pour des escales techniques. À ce sujet également, les États-Unis entendent demander des comptes à Ankara. “Nous aurons des conversations avec nos alliés sur l’usage des bases et les survols, a prévenu l’ambassadeur américain auprès de l’OTAN Mathew Whitaker. Il faudra s’assurer que nous sommes en accord sur l’utilisation de ses bases.”

Sur tous ces sujets, le principe sera celui du donnant-donnant. “Nous pensons que ceux qui en font le plus (pour répondre aux demandes américaines) doivent en retirer les bénéfices”, a expliqué l’ambassadeur, évoquant des “opportunités” telles que “le temps passé avec nos leaders, une priorité pour les acquisitions (de matériel militaire), les appels d’offre. Il y a beaucoup de moyens d’y parvenir”.

250 ans

C’est dans ce contexte de tensions internationales que les États-Unis célèbrent, le 4 juillet, leur 250ème anniversaire. Mais, faute d’adhésion populaire, Donald Trump a dû en rabattre sur des festivités qu’il voulait grandioses. Cette déconvenue est au coeur du dernier épisode de Le Monde Selon Trump. Avec Reed Brody, avocat et ancien substitut du procureur de New York, et notre correspondant à Washington Antoine Heulard, on y évoque également l’autre actualité marquante de la semaine aux États-Unis: une série de décisions cruciales de la Cour Suprême, qui a maintenu le droit du sol, contrairement à ce que souhaitait le président, mais également considérablement étendu son pouvoir sur les grandes agences fédérales jusque-là protégées par une garantie d’indépendance sous l’égide du Congrès.

L’épisode est à écouter ici et à voir


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Le chiffre

2,2 milliards de dollars

C’est l’estimation minimum des revenus du président des États-Unis en 2025, calculée par le New York Times, sur la base d’un document fiscal publié par la Maison Blanche le 30 juin. Sans surprise, l’essentiel de cette fortune, à hauteur de 1,4 milliard, provient des entités crées par Donald Trump et sa famille dans les cryptomonnaies, grâce notamment aux investissements massifs d’un fonds d’investissement originaire des Émirats Arabes Unis dans la société World Liberty Financial ou la création d’une monnaie digitale baptisée $TRUMP. Le reste de l’enrichissement a pour origine les investissements du groupe familial dans une série de projets ou de propriétés immobilières - à titre d’exemple, le golf de Doral, près de Miami et où sera organisé le G20 du mois de décembre, a rapporté à lui seul 122 millions de dollars en 2025. Le New York Times, et d’autres médias américains, relèvent en outre que les revenus de Donald Trump ont plus que triplé par rapport à l’an dernier, et précisent que le montant et leur nature précis demeurent entourés d’une relative opacité, sans compter de multiples conflits d’intérêt potentiels, à propos desquels aucune enquête n’a été lancée à ce jour. L’épisode du podcast Le Monde Selon Trump consacré à l’enrichissement de Donald Trump pendant sa présidence est à retrouver ici.

La lecture de la semaine

“Uniqlo’s plan to dominate global fashion”, Financial Times, 1er juillet 2026

Surfer sur la vague de la “fast fashion”, en soignant le design, en garantissant une qualité minimum, en portant un soin tout particulier à l’image de la marque: c’est le cocktail gagnant qui ces dernières années n’a cessé de porter la marque japonaise Uniqlo vers de nouveaux sommets. La filiale du groupe nippon Fast Retailing est ainsi partie pour voir son chiffre d’affaires dépasser 24 milliards de dollars cette année, tandis que sa valeur en bourse a progressé de 74% depuis le début de l’année et triplé depuis trois ans. Cette passionnante enquête du Financial Times décortique la stratégie d’un groupe qui mise désormais prioritairement sur l’Europe et les États-Unis, et sur une image portée par des personnalités telles que Roger Federer ou Cate Blanchett, pour conquérir la première place mondiale.

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Thierry Arnaud

L'envers du globe

Par Thierry Arnaud

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