Et maintenant, Cuba ?

Donald Trump ne fait plus mystère de son intention de faire tomber le régime cubain. Soutenu par Marco Rubio, fils d'immigrés cubains pour qui cet objectif a aussi une dimension personnelle, le président américain multiplie les initiatives pour faire vaciller le pouvoir de La Havane.

L'envers du globe
5 min ⋅ 29/05/2026

Je suis Thierry Arnaud, éditorialiste à BFMTV, ex-correspondant à New York et Londres, ancien chef du service politique de BFMTV et directeur de la rédaction de BFM Business. Crises géopolitiques, tensions économiques, recompositions du pouvoir… Chaque semaine, je vous propose de décrypter l’actualité internationale.

Le 20 mai 2026, dans un message vidéo spécial adressé directement au peuple cubain, Marco Rubio a proposé une “nouvelle voie“ aux Cubains, accusant les dirigeants communistes de l'île de vol, de corruption et d'oppression. Ce message, diffusé quelques heures seulement avant que le département de la Justice américain n'annonce l'inculpation de l'ancien dirigeant cubain Raúl Castro (photo AFP).

“Cuba is next”

“On ne peut pas avoir un état défaillant à 150 kilomètres de nos côtes. C’est une menace pour la sécurité nationale des États-Unis”
Marco Rubio, secrétaire d’Etat américain, 27 mai 2026

Ce dimanche 29 mars, tandis que Air Force One fait route vers Washington, Donald Trump se rend à l’arrière de l’appareil pour un échange informel avec les journalistes. C’est pour lui presque un rituel au retour de son habituel de golf à Palm Beach, et l’occasion pour les membres de la presse qui l’accompagnent de l’interroger sur tous les sujets du moment. Et même au-delà. Cuba est sous le coup d’un blocus américain depuis le mois de janvier. Les États-Unis viennent de desserrer très légèrement l’étau, acceptant exceptionnellement le passage d’un pétrolier russe. Alors ? “Cuba is next”, répond tranquillement le président américain. Comprendre: Cuba est le prochain pays dont les États-Unis entendent faire tomber le régime au profit de dirigeants beaucoup mieux disposés vis-à-vis de l’Amérique. Sur le modèle vénézuélien, en quelque sorte.

Prêt à passer à l’action

Donald Trump n’est évidemment pas le premier président américain à rêver de se débarrasser du régime castriste. Il est dans la ligne de mire de Washington depuis son arrivée au pouvoir en 1959. Mais depuis le fiasco de la tentative de débarquement dans la baie des Cochons en 1961, à l’initiative de John Kennedy, le recours à la force, sous la forme d’une opération militaire de grande ampleur, n’est plus la voie privilégiée. Les occupants du bureau ovale ont alterné menace et main tendue. Le 47ème président des Etats-Unis, lui, entend passer à l’action.

C’est le sens du blocus : étrangler le régime en le privant de ressources. « C’est du Trump classique, » confiait il y a quelques jours un conseiller du président à Axios : "Déséquilibrer l’ennemi. C’est exercer la pression, regarder la réaction, appliquer davantage de pression, regarder la réaction.

AESA, le conglomérat en ligne de mire

La pression est désormais énorme et multiforme.  Le 1er mai, Donald Trump a signé un décret imposant des sanctions à toute entreprise en relation avec GAESA, un vaste conglomérat militaro-industriel sous le contrôle de l’État, dont dépend la majeure partie de l’activité économique. Les sanctions ont été détaillées quelques jours plus tard dans un message par le Secrétaire d’Etat Marco Rubio, qui a enregistré à ce sujet un message vidéo à destination de la population cubaine. Le 21 mai, il annonçait l’arrestation de la sœur de la dirigeante du groupe, résidente de Floride.

Pour Marco Rubio, une affaire personnelle

Pour Marco Rubio, le sujet est personnel. Fils d’immigrés cubains, élevé dans la communauté cubano-américaine de Miami, il mène l’offensive depuis son arrivée au Département d’État, et ne manque jamais une occasion de souligner son ambition. Comme ce mercredi 27 mai où, assis à la droite de Donald Trump à l’occasion d’une réunion du gouvernement à la Maison Blanche, il lance : “Cuba est dans une très mauvaise situation, car, malheureusement pour eux, ils sont dirigés par des communistes incompétents. On va parler avec eux. On va travailler avec eux. Il faut parvenir à un bon résultat. On ne peut pas avoir un état défaillant à 150 kilomètres de nos côtes. C’est une menace pour la sécurité des États-Unis.”

Et pour que les choses soient claires, le porte-avions USS Nimitz navigue à proximité, dans la mer des Caraïbes. Les vols de reconnaissance se multiplie. La justice américaine vient d’inculper Raul Castro, frère de Fidel, ancien président aujourd’hui âge de 94 ans, pour avoir donné l’ordre en 1996 d’abattre deux avions à bord desquels se trouvaient quatre Américains. Parallèlement, les États-Unis viennent d’annoncer une aide humanitaire de de 100 millions de dollars… au bénéfice de l’église catholique et d’autres œuvres de bienfaisance.

Coupures d’électricité à répétition, pénurie de carburants, manque de médicaments : Cuba subit de plus en plus l’étranglement du blocus. À Washington, on semble espérer que les chaleurs torrides de l’été s’y ajoutent pour faire plier le régime sans qu’un recours à la force s’avère finalement nécessaire.

Trump à la manœuvre sur les primaires républicaines

Mobilisés sur plusieurs fronts internationaux, Donald Trump ne néglige pas la politique intérieure pour autant. Alors que la saison des primaires bat son plein, le président assoit plus que jamais son autorité sur le parti républicain. Partout, les candidats qui ont pu revendiquer le soutien du président ont triomphé. Et c’est sans doute du Texas qu’est venu l’exemple le plus emblématique : malgré ses nombreuses casseroles mais grâce à l’appui du président, Ken Paxton a fait tomber le sénateur sortant John Cornyn. Ce remarquable paradoxe d’un président qui enchaîne les records d’impopularité mais semble plus que jamais avoir droit de vie ou de mort politique sur les élus de son parti est au cœur du nouvel épisode de notre podcast Le Monde Selon Trump, avec Garret Martin, professeur à l’American University de Washington, et notre correspondant Antoine Heulard. On y revient également sur le dernier bulletin de santé du président (avec Damien Tomasso, consultant santé BFMTV), et l’annonce que le ministère de la Justice va poursuivre pour parjure E. Jean Carroll, qui avait fait condamner Donald Trump à deux reprises pour agression sexuelle. L’épisode est à écouter ici et à voir .

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Le chiffre

Moins 1 million

17 millions en 2020, 16 millions attendus cette année: le nombre d’acheteurs de voitures neuves aux États-Unis a ainsi diminué de un million en l’espace de six ans, selon une enquête du Wall Street Journal. Une dégringolade qui est le produit conjugué de l’envolée des prix du carburant, de la montée des taux d’intérêt et d’une inflation persistante. Selon cette enquête, le prix moyen d’un véhicule neuf aux États-Unis avoisine désormais 50.000 dollars, et l’âge moyen des véhicules en circulation est de 13 ans.

La lecture de la semaine

What if Reform wins” par Peter Chappell, Bloomsbury Publishing, 2026

À en croire les derniers sondages et les résultats des élections locales les plus récentes, le Reform Party de Nigel Farage est en passe de devenir la première force politique du Royaume-Uni. Hier fer de lance du Brexit, le mouvement populiste et eurosceptique est crédité de 25 à 27% des intentions de vote aux prochaines élections législatives. Traduite en sièges, cette victoire ne lui apporterait qu’une majorité relative. Mais si les électeurs ouvraient en grand les portes du 10, Downing Street à Nigel Farage et lui donnaient les moyens d’exercer pleinement le pouvoir ? C’est l’exercice de politique fiction auquel se livre Peter Chappell, journaliste au Times, produit d’une enquête au long cours dans les entrailles du parti. Un parti pris fictionnel assumé, un récit sévère mais documenté de la mise en oeuvre d’un agenda allant de déportations massives à un grand soir fiscal en passant par une purge XXL de la fonction publique ou la mise au pas de la BBC, le tout dans un climat qui, selon l’auteur, pourrait rapidement tourner au chaos.

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Thierry Arnaud

L'envers du globe

Par Thierry Arnaud

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