Je suis Thierry Arnaud, éditorialiste à BFMTV, ex-correspondant à New York et Londres, ancien chef du service politique de BFMTV et directeur de la rédaction de BFM Business. Crises géopolitiques, tensions économiques, recompositions du pouvoir… Chaque semaine, je vous propose de décrypter l’actualité internationale.
Le président américain Donald Trump participe à une session de travail des dirigeants de l'OTAN lors du sommet de l'OTAN au complexe présidentiel de Bestepe à Ankara, en Turquie, le 8 juillet 2026 (Alexis Juleau/Piscine/AFP).
Pour le président américain, le chemin de la paix passe par les frappes
“Je pense que le cessez-le-feu est terminé. Je ne veux plus avoir affaire avec eux. Ce sont des ordures (‘scum’), vous savez ce que ça veut dire ? Ce sont des malades”
Donald Trump, le 8 juillet, à Ankara
Donald Trump, le 17 juin à Évian, à propos des dirigeants iraniens: “On traite avec gens qui sont rationnels, c’est agréable de traiter avec eux. Ils sont forts. Ils sont intelligents. Ils sont plus intelligents que ceux qui ont précédé. Ils ne sont pas radicalisés. Ils cherchent à aider leur pays.” Le président américain est en pleine confiance. Il surfe sur la vague du “Memorandum of Understanding”, cet accord cadre qui vient d’être annoncé et qu’il signera le lendemain en grandes pompes à Versailles. Le texte en 14 points entérine le cessez-le-feu et ouvre une période de négociations de 60 jours, essentiellement pour se mettre d’accord sur deux sujets cruciaux: le rétablissement du trafic dans le détroit d’Ormuz et l’avenir du programme nucléaire iranien.
Donald Trump, le 8 juillet, à Ankara: “Je pense que le cessez-le-feu est terminé. Je ne veux plus avoir affaire avec eux. Ce sont des ordures (‘scum’), vous savez ce que ça veut dire ? Ce sont des malades. Ils sont dirigés par des malades. S’ils avaient une arme nucléaire, ils s’en serviraient.”
Le casse-tête d’Ormuz
Trois semaines à peine séparent ces deux déclarations et ce spectaculaire virage à 180 degrés. Si le président américain en est coutumier, celui-ci est particulièrement violent, au propre comme au figuré. Il vient d’ordonner une première série de frappes sur l’Iran, et d’autres lui succèderont dans les jours suivants.
Tout s’est joué alors que le président américain était sur le point de quitter Washington pour le sommet de l’OTAN à Ankara. Le secrétaire à la Guerre Pete Hegseth et Marco Rubio, qui cumule le portefeuille des Affaires Etrangères et le titre de Conseiller à la Sécurité Nationale, sont venus informer Donald Trump que trois navires commerciaux, dont un tanker transportant du gaz liquéfié, ont été frappés au sud du détroit d’Ormuz par des missiles et des drones iraniens, au motif qu’ils n’auraient pas respecté les règles de passages imposées par Téhéran. Le président américain en tire une conclusion: les dirigeants iraniens se moquent de lui. Il faut donc leur apporter une réponse, et il faut qu’elle soit musclée.
Ainsi se confirment deux points essentiels. À ce stade du conflit d’abord, le rétablissement du trafic dans cette voie de navigation si stratégique (et dont il faut rappeler une nouvelle fois qu’on y circulait librement avant la guerre) demeure la carte principale dans le jeu des Iraniens. Sans un accord clair sur les modalités de circulation, aucune avancée réelle dans les négociations ne semble possible. C’est ensuite la conséquence que beaucoup avaient anticipée du langage trop vague de l’accord. On y lit en effet dans son article 5 que “L’Iran prendra les dispositions en recourant à ses meilleurs efforts pour rétablir un passage sûr des navires commerciaux”. Ce qui, pour les Iraniens, signifie clairement que la responsabilité leur revient de fixer les règles, et donc de sanctionner ceux qui ne les respectent pas.
Trump ciblé par l’Iran ?
Peut-être le courroux du président américain a-t-il également une raison plus personnelle. Si l’on en croit les révélations du Wall Street Journal, il a été effet la cible d’un nouveau projet d’assassinat par l’Iran. Il aurait été mis jour par les services du renseignement israélien, qui en ont informé les autorités américaines Ainsi s’expliqueraient les propos tenus par Donald Trump lors de sa conférence de presse de clôture du sommet de l’OTAN à Ankara. “Ils veulent liquider le leader américain, c’est à dire moi, a-t-il lancé. Je suis sur toutes les listes. Je l’ai vu ce matin. Je suis sur toutes leurs listes. Jusqu’ici, j’ai eu un peu de chance, mais ça pourrait ne pas durer.” Et c’est notamment pour cette raison qu’a été prise la décision, abondamment commentée, de faire décoller Donald Trump de Turquie à bord de l’ancien Air Force, et non avec le nouvel appareil flambant neuf, offert par le Qatar, avec lequel il était arrivé mais qui n’est pas encore équipé de tous les systèmes de sécurité (notamment anti-missiles) jugés indispensables face à cette nouvelle menace.
L’avenir de l’OTAN au second plan
C’est au coeur de ce sommet de l’OTAN que vous emmène notre podcast Le Monde Selon Trump, pour un nouvel épisode qui sera également le dernier de la saison. Les avancées y ont été réelles, qu’il s’agisse de l’aide à l’Ukraine, de nouveaux et importants investissements dans la sécurité de l’Europe ou encore de la réaffirmation par tous - y compris les Etats-Unis, donc - du principe de solidarité établi par l’article 5 de la Charte. Mais, une nouvelle fois, l’attitude, les propos et les actes tonitruants du président américain auront dominé l’ordre du jour d’un grand sommet international.
L’épisode est à écouter ici et à voir là
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Le chiffre
4,3 millards de dollars
C'est le montant du remboursement que vient d'effectuer l'Argentine sur sa dette obligataire, sans solliciter le moindre refinancement sur les marchés, a annoncé le ministre de l'économie Luis Caputo. Les
engagements à rembourser un total de 19 milliards sur l'année (et 25 milliards l'an prochain) devraient ainsi être tenus, au prix de ponctions supplémentaires sur les réserves et de quelques privatisations. Les opérateurs n'excluent pas toutefois que l'Argentine desserre l'étau et se tourne vers les marchés dans
les prochains mois, avant de nouvelles élections, d'autant que le remède de cheval administré à l'économie pour reprendre le contrôle de l'inflation (en très forte baisse quoiqu'encore sur un ryrhme annuel de 30%) a produit des effets spectaculaires : le spread sur les bons du Trésor américain sont
passés de plus de 25% en 2023 à environ 4% aujourd'hui.
La lecture de la semaine
“There is no going back” : the inside story of Europe's rupture with America, Wall Street Journal, 5 juillet 2026
Comment "gérer" Donald Trump? Répondre aux coups de tête et aux coups de sang du président américain? Pour les dirigeants européens, c'est devenu une préoccupation, pour ne pas dire une obsession. Des coulisses de sommets à Bruxelles et en révélations sur des moments insolites de dialogue à la Maison Blanche, cette longue et passionnante du Wall Street Journal fourmille d'anecdotes et lève le voile sur un tournant dans les relations transatlantiques. Entre les deux rives de l'océan, la rupture semble désormais consommée, même si “personne n'a déposé le dossier du divorce, et dans les deux camps, des acteurs de premier plan travaillent dur pour sauver ce mariage sans amour”.
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Thierry Arnaud
