Après l’accord, la mission impossible de Donald Trump

À Évian, le président américain a consacré l’essentiel de son temps et de son énergie à tenter de convaincre que le "mémorandum d’entente" avec l’Iran était un triomphe pour les États-Unis. Si le G7 l’a accueilli avec des compliments teintés de soulagement, il en a aussi mesuré les limites.

L'envers du globe
5 min ⋅ 19/06/2026

Je suis Thierry Arnaud, éditorialiste à BFMTV, ex-correspondant à New York et Londres, ancien chef du service politique de BFMTV et directeur de la rédaction de BFM Business. Crises géopolitiques, tensions économiques, recompositions du pouvoir… Chaque semaine, je vous propose de décrypter l’actualité internationale.

Au lendemain du G7 d’Évian, Emmanuel Macron a reçu Donald Trump sous les ors de Versailles pour signer le protocole d’accord avec l’Iran. (AFP)

Une signature, des symboles mais pour Trump, le plus dur reste à venir

“Est-ce que l’accord règle tout, tout de suite ? Non. Mais continuer le combat, c’était quoi ? Avoir pour des mois Ormuz fermé ? Prendre le risque de détruire des capacités de pétrole et de gaz qui, là, auraient tout déséquilibré pour des mois, voire des années ?”
Emmanuel Macron, en clôture du G7, à Évian, le 17 juin 2026

Peter Doocy est l’un des journalistes préférés de Donald Trump. Correspondant de la chaîne Fox News à la Maison Blanche, il est souvent le premier que le président invite à poser une question, puis une autre. C’est l’assurance qu’il ne sera pas mis en difficulté. Mais, micro en main, après les premières interrogations aimables lors de la conférence de presse de Donald Trump, en clôture, Doocy poursuit: “Un homme sage a dit un jour, c’était en janvier 2020: ‘L’Iran n’a jamais gagné une guerre, mais n’a jamais perdu une négociation.” “Qui a dit ça ?”, demande le président. “Donald Trump”, répond le journaliste. Réponse de l’intéressé : “Je pensais que vous alliez dire ça…” Dans les premiers rangs, on s’esclaffe. Au fond, tout est dit: à Évian, Donald Trump a passé trois jours à tenter de convaincre que le protocole d’accord, autrement nommé “mémorandum d’entente” conclu avec l’Iran était une victoire spectaculaire pour l’Amérique. Les chefs d’État et de gouvernement l’ont chaleureusement félicité. Mais personne n’y a cru.

Pourquoi tant que compliments alors ? Emmanuel Macron, qui a lui-même salué “un bon accord”, a livré l’explication lors de sa conférence de presse, qui précédait de quelques minutes celle du président américain. “Est-ce qu’il règle tout, tout de suite ? Non. Mais continuer le combat, c’était quoi ? Avoir pour des mois Ormuz fermé ? Prendre le risque de détruire des capacités de pétrole et de gaz qui, là, auraient tout déséquilibré pour des mois, voire des années ? Continuer la perte de vies et la situation qui est inacceptable au Liban  et l’effondrement de toute la région ? Donc, on a une responsabilité humanitaire, politique et économique”, conclut le président. La décision américaine, ajoute-t-il, “est sage”

Éloge de la raison… iranienne

Elle est sage, mais elle ne règle rien. Surtout, aucun des buts de guerre fixés par le président américain n’a été atteint. Pas pour le moment, explique ce dernier. Le mémorandum a pour rôle de permettre l’ouverture d’une période de négociations de soixante jours où les sujets, à commencer par le nucléaire, seront réglés. Faute de progrès suffisants d’ici là, il recommencera à bombarder, a-t-il prévenu.

Mesurons le chemin parcouru dans les propos tenus par Donald Trump depuis le début du conflit jusqu’au sommet d’Évian, à l’aide de trois exemples. Hier voués aux gémonies et menacés d’extermination, les dirigeants iraniens sont désormais “des gens très rationnels, des gens avec qui il est agréable de traiter, ils sont forts, ils sont intelligents”.  Alors que l’élimination de toute menace balistique était un but de guerre explicite et maintes fois réitéré, on se retrouve avec cette formule interrogative du locataire de la Maison Blanche : “Qu’est-ce que je vais faire, permettre à l’Arabie Saoudite d’avoir des missiles et eux n’auront pas le droit ? Ça ne marche pas comme ça !” Quid du nucléaire, en particulier le stock d’uranium enrichi, si menaçant hier ? “Ça n’a pas beaucoup de valeur, mais pour des raisons psychologiques, on ira le chercher...”

Une guerre qui en valait la peine?

Le moment de vérité le plus saisissant est peut-être celui où le président a expliqué pourquoi il fallait arrêter la guerre: “Si on continue à bombarder, les navires sont bloqués, on parle de 500, 600 ou 700 millions de dollars par jour… et nos réserves s‘épuisent, il n’y avait plus que trois ou quatre semaines.” Bref, il était plus qu’urgent d’ouvrir le détroit d’Ormuz et d’autoriser l’Iran à reprendre ses exportations de pétrole.

Pour Donald Trump, le plus dur reste à faire. Transformer ce mémorandum qui n’est qu’un point de départ en un accord définitif et solide. Et surtout convaincre les Américains que cette guerre en valait la peine et qu’il l’a définitivement gagnée. À en juger par les critiques et le scepticisme qui se propagent jusque dans son propre camp, la tâche s’apparente à une mission impossible. Même si c’est un Donald Trump gonflé à bloc et enthousiaste qui a quitté le G7 puis Versailles, un sommet dont le dernier épisode de notre podcast Le Monde Selon Trump est le récit circonstancié de cette réunion décisive. J’y livre mes impressions et vous raconte l’ambiance qui régnait à Évian, où trois jours durant battait le cœur du monde diplomatique. .

L’épisode est à écouter ici

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Depuis plusieurs jours, l'espoir d'une paix au Moyen-Orient a tiré les prix du pétrole et donc des carburants à la baisse, le gazole étant notamment repassé sous les 2 euros pour la première fois depuis le 7 mars en France. Et pourtant, d'après un sondage Elabe pour BFMTV publié ce mercredi 17 juin, 59% des Français ne croient pas que les prix à la pompe baisseront durablement malgré le protocole d'accord entre les États-Unis et l'Iran. Un accord que nos compatriotes sont près de deux tiers à penser que cet accord ne sera pas respecté. Dans le détail, ce sont les électeurs de Reconquête (81%), du Rassemblement national (62%) et de la France insoumise (55%) qui se montrent les plus pessimistes sur la poursuite de la baisse des prix des carburants. Au contraire, un peu plus de la moitié des électeurs Renaissance (55%) et des Républicains (51%) pensent que leur plein coûtera encore moins cher dans les prochaines semaines.

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“Le Péril IA, devenir des machines ou rester vivants”, Gilles Babinet, éd. Le Passeur

L’intelligence artificielle exige aujourd’hui d’être “désarmée”, “libérée des logiques qui en font un instrument de domination, d’exclusion ou de mort”, a déclaré le Pape ce lundi 25 mai lors de la présentation de sa première lettre encyclique, intitulée Magnifica humanitas. Dans son discours prononcé en anglais Léon XIV a insisté sur la nécessité dans le contexte actuel “d’éveiller les consciences et d’indiquer la voie à suivre pour l’humanité”. Gilles Babinet, spécialiste français du numérique, largement reconnu dans le domaine de l'IA, ne dit pas autre chose. Avec un regard éclaire sur cette révolution anthropologique, il ne range pas du côté des Cassandre. Il estime au contraire nécessaire que l’homme retrouve une place centrale face à ces bouleversements. Qu’il soit acteur du changement. Et non un simple figurant. Car, estime-t-il, nous sommes confrontés à un choix décisif : poursuivre dans cette redoutable trajectoire d’assimilation à la machine, ou renouer d’urgence avec la part symbolique qui a porté l’humanité durant des siècles, pour en faire le socle d’un nouvel humanisme.

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Thierry Arnaud

L'envers du globe

Par Thierry Arnaud

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