Périlleuse Coupe du Monde

Contexte géopolitique, tensions entre les pays organisateurs, méthodes musclées de la police américaine de l'immigration, billets hors de prix... le succès promis par Donald Trump n'est pas garanti.

L'envers du globe
6 min ⋅ 12/06/2026

Je suis Thierry Arnaud, éditorialiste à BFMTV, ex-correspondant à New York et Londres, ancien chef du service politique de BFMTV et directeur de la rédaction de BFM Business. Crises géopolitiques, tensions économiques, recompositions du pouvoir… Chaque semaine, je vous propose de décrypter l’actualité internationale.

Gianni Infantino, président de la FIFA immortalise le tirage au sort officiel de la Coupe du Monde de la FIFA 2026 avec Donald Trump, Claudia Sheinbaum, présidente du Mexique et Mark Carney, Premier ministre du Canada, au John F. Kennedy Center for the Performing Arts, le 5 décembre 2025 à Washington, D.C. (Photo : Vanessa Carvalho / Brazil Photo Press / Brazil Photo Press via AFP)

Un Mondial sous hautes tensions

“La Coupe du Monde 2026 sera la meilleure compétition de football que le monde ait jamais vu”
Donald Trump, mai 2025

“Je n’y serai pas”. En ce mois de juin 2018, alors que vient d’être annoncée l’attribution de la Coupe du Monde 2026 au trio États-Unis, Canada, Mexique, Donald Trump ne cache pas sa déception. D’ici là, il aura achevé ses deux mandats présidentiels consécutifs, déplore-t-il, et c’est à son successeur que reviendra l’honneur d’accueillir l’événement mondial. Le président américain y voit forcément une injustice: à l’évidence, c’est largement grâce à lui que l’Amérique du Nord l’a emporté. On connaît la suite. Défait par Joe Biden à l’élection présidentielle de 2020 (un résultat qu’il a toujours contesté), Donald Trump a fait son grand retour à la Maison Blanche le 20 janvier 2025. C’est donc bien lui l’hôte de cette Coupe du Monde 2026, décidément un grand millésime, puisque les États-Unis s’apprêtent également à fêter le 250ème anniversaire de leur indépendance le 4 juillet.

Faire briller l’Amérique

48 pays engagés dans la compétition, 104 matchs pour conduire à la finale du 19 juillet à New York, au MetLife Stadium, stade de football américain reconverti pour l’occasion: Donald Trump est donc déterminé à faire briller l’Amérique. “La Coupe du Monde 2026 sera la meilleure compétition de football que le monde ait jamais vu”, a-t-il annoncé dès les premières réunions de sa “task force” à la Maison Blanche, au printemps 2025. Mais tenir cette promesse s’annonce comme un véritable défi. Déjà parti pour être le plus coûteux et le plus polluant de l’histoire, le Mondial ne déchaîne pas les passions des Américains. Or, si l’on en croit le New York Times, cette Coupe du Monde, qui va rapporter 9 milliards de dollars à la FIFA, sera douloureuse pour le contribuable local. Critiqué pour sa flagornerie incessante envers Donald Trump (notamment à l’occasion de la remise d’un “Prix de la Paix” et d’une médaille commémorative en décembre dernier), le président de la FIFA Gianni Infatino a manifestement su garder en tête les intérêts de sa Fédération.

Et c’est un président évidemment controversé à la tête d’un pays en guerre qui accueille cette compétition. En guerre avec l’Iran… dont l’équipe participe à cette Coupe du Monde, une première en quarante ans. Dès son arrivée à l’aéroport de Chicago, la semaine dernière, l’hostilité était palpable. La formation a pu finalement gagner son lieu de villégiature, au Mexique, mais son joueur le plus en vue, Ayman Hussein, a dû se soumettre à plusieurs heures d’interrogatoire et d’autres membres de la délégation ont dû faire demi-tour. L’équipe pourra disputer ses matches sur le territoire américain, mais devra le quitter dès la partie terminée, sans jamais passer la nuit aux États-Unis.

Accueil musclé

L’arbitre somalien Omar Artan est devenu malgré un autre symbole de cet accueil musclé. Titulaire d’un visa, auréolé de son titre d’ “arbitre de l’année” décerné par la Confédération Africaine de Football, il a finalement été expulsé au terme d’une dizaine d’heures d’interrogatoire après son arrivée à Miami en raison, selon les autorités américaines, de liens avec des individus suspectés d’appartenir à des organisations terroristes.

Les images de l’arrivée de l’équipe du Sénégal, minutieusement fouillée à la descente d’avion, ont également été abondamment commentées, symbolisant aux yeux des critiques une forme de deux poids, deux mesures, au détriment des pays du Sud, soumis à des contrôles beaucoup plus stricts, pour ne pas dire hostiles. Outre les joueurs, les arrivées des journalistes et des spectateurs sont également passées au peigne fin.

Et l’inquiétude ne concerne pas seulement les visiteurs. À Los Angeles, le personnel du stade a dû menacer d’une grève pour s’assurer qu’il ne serait pas visé par des raids de la police de l’immigration.

Sièges vides ?

Comme à chaque Coupe du Monde, l’inflation sur le prix des billets s’est également invitée dans le débat. Tandis que le prix unitaire s’envolait au-delà de 1000 dollars pour le match inaugural des États-Unis contre le Paraguay, Donald Trump est monté au créneau, déclarant au New York Post que lui-même ne paierait pas un tel prix. Pour la finale, il faut compter au moins 4000 dollars, et plus du double pour les meilleures places.

Le prix du billet n’est toutefois pas seul en cause pour expliquer le manque d’engouement constaté pour la première phase de la compétition: le marché de la revente a vu se déverser près de 180.000 billets, dont la valeur moyenne a chuté de 20%, selon une enquête du Financial Times.

Tensions entre les pays organisateurs

Reste une dernière interrogation, et pas la moindre. “United as one”: c’est sous cette bannière d’une unité affichée en trois mots que les trois pays organisateurs avaient promis de se rassembler. Un bloc de 500 millions d’habitants, le tiers du PIB mondial, plus de 2000 milliards de dollars d’échanges annuels, loin des polémiques générées par l’organisation de la compétition au Qatar. Depuis, le Mexique et le Canada se sont retrouvés sous la menace de sanctions commerciales américaines. À plusieurs reprises, Donald Trump a exprimé son intention de faire du Canada “le 51ème État américain”. Et c’est au beau milieu de cette Coupe du Monde que va devoir être tranché l’avenir de l’ACEUM, l’accord commercial Canada, États-Unis, Mexique, qui doit expirer en 2036. Ce mercredi 10 juin, à la Maison Blanche, Donald Trump a affirmé qu’il n’était pas question de le reconduire. “Nous n’avons besoin de rien venant du Canada. Nous n’avons besoin de rien venant du Mexique. Ils ont besoin de tout ce que nous avons”, a-t-il lancé sans coup férir. Les trois pays seront-ils capables de mettre ces tensions et divergences de côté jusqu’au coup de sifflet final? C’est évidemment leur intérêt, mais au moindre dérapage, ces relations à fleur de peau pourraient s’enflammer.

Trump maintient la pression sur les journalistes

Pas plus qu’il n’apprécie que l’on puisse mettre en doute le succès de “sa” Coupe du Monde, Donald Trump ne tolère d’être contredit par les journalistes. Ce vendredi 5 juin, face à Kristen Welker, présentatrice de la prestigieuse émission Meet the Press de la chaîne NBC, le président s’est emporté au point de quitter en pleine interview un plateau spécialement aménagé dans une grange du Wisconsin, où il était venu rencontrer des agriculteurs. Interrogé notamment sur ses propos contradictoires sur la guerre de l’Iran, Donald Trump a définitivement perdu patience au moment d’aborder le sujet des élections, affirmant une nouvelle fois qu’il avait emporté le scrutin présidentiel de 2020 face à Joe Biden, avant de se lancer dans une diatribe contre la journaliste “corrompue et stupide”, et de dérouler une liste de médias, qui, selon lui, le sont tout autant. Que nous dit cet épisode des relations notoirement tendues entre le président et les journalistes ? Sur les pressions assumées que la Maison Blanche exercent sur ceux qui en assurent la couverture ? Dans le nouvel épisode de notre podcast Le Monde Selon Trump, Dana Milbank, éditorialiste de renom qui a quitté le Washington Post pour rejoindre le nouveau média NOTUS, Aurélia End, correspondante de l’AFP qui a vu le travail des journalistes se métamorphoser en passant de Joe Biden à Donald Trump, se joignent à notre correspondant Antoine Heulard et à Ellen Kountz, professeur à l’INSEEC Paris, pour une plongée au cœur des tensions entre le quatrième pouvoir et le 47ème président des États-Unis. L’épisode est à écouter ici et à voir .

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La Coupe du monde de football est-elle une catastrophe écologique?

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Le chiffre

100 milliards d’euros

C’est le montant que le gouvernement allemand entend investir pour remettre à niveau le réseau de chemins de fer de la République Fédérale. Ce chantier est devenu prioritaire pour le chancelier Friedrich Merz, tant la Deutsche Bahn est en souffrance. Après les années de sous-investissement, seuls 60% des trains arrivent désormais à l’heure sur les trajets longue distance, révèle une enquête récente du Financial Times, au point que ces défaillances à répétition sont qualifiées par le ministre des Transports Patrick Schnieder de menace pour la démocratie.

En novembre 2023 déjà, seul un train longue distance sur deux de la Deutsche Bahn était à l’heure, avec un taux de ponctualité de 52 %. Les nombreux travaux de construction sur les voies allemandes visant à rattraper un “retard de rénovation” en sont les principaux responsables, selon la compagnie ferroviaire allemande.

La lecture de la semaine

“Easier to start, harder to win”, Essai, The Economist, 28 mai 2026

C’est une profonde et éclairante réflexion sur la “dangereuse illusion de la guerre moderne” que livre celui qui pilote depuis huit ans la rubrique défense du magazine The Economist. Il y analyse notamment les similitudes entre les conflits en Ukraine et en Iran. Deux guerres “façonnées par la technologie qui a introduit une nouvelle transparence des lieux et des situations dans lesquelles les armées combattent”, mais une transparence “toujours partielle, toujours sporadique, toujours soumise à des défis”. Dans les deux cas, ces guerres “ont été déclenchées par les leaders de grandes puissances qui croyaient apparemment en une victoire facile. Elles ont l’une et l’autre évolué vers une forme d’impasse qu’ils n’avaient pas anticipée - une impasse dans laquelle, pour les États-Unis comme pour la Russie, l’absence de victoire ressemble de plus en plus à une défaite”. C’est le prix payé pour avoir succombé à cette “dangereuse illusion” selon laquelle une technologie et une puissance largement supérieures offraient une garantie absolue de victoire rapide.

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Thierry Arnaud

L'envers du globe

Par Thierry Arnaud

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