Le président des États-Unis affirme ne pas avoir besoin du soutien de ses alliés traditionnels, tout en dénonçant ce qu'il considère comme un manque de courage. Première visée, l'Europe assume sa posture critique, tout en cherchant à ménager la susceptibilité américaine.
Je suis Thierry Arnaud, éditorialiste à BFMTV, ex-correspondant à New York et Londres, ancien chef du service politique de BFMTV et directeur de la rédaction de BFM Business. Crises géopolitiques, tensions économiques, recompositions du pouvoir… Chaque semaine, je vous propose de décrypter l’actualité internationale.
Photographies d'Emmanuel Macron et Donald Trump d'archives 2025 (AFP).
“Nos alliés ingrats, et même une partie de nos propres médias, ne devraient dire qu’une chose au président Trump: merci. Merci d’avoir eu le courage d’empêcher cet état terroriste de prendre le monde en otage tout en construisant ou en essayant de construire une bombe nucléaire.”
Pete Hegseth, secrétaire américain à la Guerre, jeudi 19 mars 2026
Le sénateur Lindsay Graham sait avoir l’oreille de Donald Trump. Depuis le 28 février, l’élu républicain de Caroline du Sud est non seulement un interlocuteur presque quotidien du président américain mais aussi l’un des défenseurs les plus zélés de l’opération Epic Fury, des plateaux de télévision aux réseaux sociaux où il multiplie les messages va-t-en guerre. Et ce mardi 17 mars, la température monte d’un cran quand les pays sollicités par Donald Trump pour rétablir par la force la circulation dans le détroit d’Ormuz lui opposent unanimement une fin de non recevoir. Alors le président s’épanche au téléphone.
“Je ne l’ai jamais entendu autant en colère”, écrira Lindsay Graham quelques minutes plus tard sur X. D’autant, affirme-t-il, que la sécurité du détroit “bénéficie bien plus à l’Europe qu’à l’Amérique”.
La Chine, le Japon, la Corée du Sud, le Royaume Uni et la France, explicitement nommés par Trump dans son message sur Truth Social, sont dès lors logés par la Maison Blanche à la même enseigne: celle de l’ingratitude. Ils ne sont pas les seuls. “Nos alliés ingrats, et même une partie de nos propres médias, ne devraient dire qu’une chose au président Trump: merci, lance Pete Hegseth, secrétaire américain à la Guerre. Merci d’avoir eu le courage d’empêcher cet Etat terroriste de prendre le monde en otage tout en construisant ou en essayant de construire une bombe nucléaire”.
Il fallait forcément une réponse à cette critique frontale. Elle est venue jeudi 19 mars sous la forme d’un communiqué conjoint. France, Allemagne, Italie, Pays-Bas, Royaume-Uni, Japon: six pays qui s’engagent à “contribuer aux efforts appropriés pour garantir la sécurité de la navigation dans le détroit”. Une annonce qu’ils espèrent suffisante pour calmer le courroux de Washington, tout en restant suffisamment floue pour ne pas engager à grand chose. Car rien n’est dit sur les conditions d’un possible engagement. La France n’a pas renoncé à ses critères: d’abord le cessez-le-feu, ensuite la négociation d’un accord, enfin le déploiement d’une force multinationale. “Cela prendra du temps”, annonce-t-on à Paris, en haut lieu.
Mais la bonne posture face aux injonctions américaines a toutes les allures d’un véritable casse-tête. D’un côté, pas question se soumettre, de venir jouer les supplétifs d’une opération américano-israélienne dont le but final n’est toujours pas clairement défini. De l’autre, impossible d’afficher une complète neutralité tant le régime iranien est indéfendable. Et la menace d’un conflit étendu aux installations pétrolières et gazières vient ajouter un enjeu très lourd de conséquences directes pour le reste du monde, Asie et Europe en tête.
La Chine se soucie moins de la susceptibilité de Donald Trump que de la stabilité de ses approvisionnements en énergie. Le président américain l’a parfaitement compris. À sa demande, Pékin a accepter de repousser sa très attendue visite en République Populaire. Initialement prévue du 31 mars au 2 avril, elle devrait finalement avoir lieu “dans cinq à six semaines”, selon la Maison Blanche. Le sous-entendu est clair: Donald Trump espère d’ici là, sinon pouvoir revendiquer une victoire définitive, du moins avoir permis la reprise du trafic dans le détroit d’Ormuz… et préservé l’essentiel des infrastructures gazières et pétrolières du Golfe.
Alors, dans ce contexte, peut-on, doit-on encore être l’allié de Donald Trump ? A quelles conditions ? Ce sont les questions que nous avons posées à Philippe Etienne, conseiller diplomatique d’Emmanuel Macron de 2017 à 2019 puis ambassadeur de France aux Etats-Unis de 2019 à 2023. Celui qui fut ”Le Sherpa” de l’Éysée (le titre de l’ouvrage qu’il vient de publier aux Editions Tallandier) partage sa connaissance intime de la diplomatie version Donald Trump dans le nouvel épisode de notre podcast Le Monde selon Trump, tandis que notre correspondant à Washington Antoine Heulard, raconte comment la dernière audition au Sénat de la directrice du renseignement national Tulsi Gabbard illustre la difficulté à présenter au Congrès comme aux Américains un argumentaire clair et convaincant pour justifier l’entrée en guerre. L’épisode est à écouter ici
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Thierry Arnaud