En recevant coup sur coup Donald Trump et Vladimir Poutine, un enchaînement sans précédent, le président Xi Jinping a placé son pays au cœur du jeu diplomatique mondial. L'occasion de mettre en avant le rôle de "pôle de stabilité" que revendique la République populaire et de délivrer quelques messages clairs.
Je suis Thierry Arnaud, éditorialiste à BFMTV, ex-correspondant à New York et Londres, ancien chef du service politique de BFMTV et directeur de la rédaction de BFM Business. Crises géopolitiques, tensions économiques, recompositions du pouvoir… Chaque semaine, je vous propose de décrypter l’actualité internationale.
Sur cette photo de groupe diffusée par l'agence de presse russe Sputnik, le président russe Vladimir Poutine et le président chinois Xi Jinping visitent une exposition de photos sur les relations russo-chinoises à Pékin, le 20 mai 2026 (AFP).
“Les changements du siècle s’accélèrent, le monde est confronté au chaos, il est à la croisée des chemins. Parviendrons-nous à éviter le piège de Thucydide ? Pourrons-nous ensemble relever les défis du monde pour y injecter plus de stabilité ?”
Xi Jinping à Donald Trump, le 15 mai 2026.
“Je ne crois pas que la cérémonie d’accueil a été aussi formidable que la mienne. J’ai regardé. Je pense qu’on a fait mieux”. Il ne sera donc pas dit que Vladimir Poutine aura été mieux traité par la Chine que Donald Trump. En tous cas, pas aux yeux du président américain, qui savait son homologue russe attendu à Pékin tout juste quatre jours après sa visite d’État de la mi-mai. Il fallait un vainqueur et cela ne pouvait être que lui.
En réalité, la cérémonie d’accueil, réglée au millimètre, a été identique. À une nuance près: Donald Trump a été reçu au bas de son avion par le vice-président chinois, tandis que Vladimir Poutine était accueilli par un membre du politburo. Le premier occupe un poste largement protocolaire, le second est au coeur du pouvoir. D’un côté, le protocole adapté à un hôte de marque, de l’autre, la considération due à un allié.
Donald Trump attendait essentiellement deux choses de cette visite, que son entourage n’hésitait pas à qualifier d’historique. D’abord, l’appui de la Chine pour parvenir à une résolution rapide du conflit avec l’Iran. En d’autres termes, il espérait que Pékin use de son influence (considérable) sur le régime iranien pour le pousser à faire des concessions, notamment sur la question nucléaire. Ensuite, des contrats. Ainsi était-il accompagné d’une douzaine de patrons de premier plan, de la technologie (Apple, Nvidia…) à l’aérien et au spatial (Boeing, GE Aerospace, Space X…) et de plusieurs géants de la finance.
Vladimir Poutine, de son côté, venait conforter son statut d’allié privilégié. Alors que ses difficultés économiques ont rendu la Russie plus vulnérable, et donc plus dépendante de la Chine, le président russe comptait rétablir l’équilibre à la faveur du conflit au Moyen Orient: le détroit d’Ormuz étant bloqué, le pétrole et le gaz russes retrouvaient un nouvel attrait. La partie russe attendait en particulier des avancées sur le projet de gazoduc Force de Sibérie 2, toujours au point mort.
Pour l’un et l’autre, le bilan s’avère finalement modeste. La moisson de contrats et d’accords économiques espérée par les Américains n’a pas été au rendez-vous, les négociations commerciales n’ont pas franchi de pas significatif. Boeing a certes réussi à vendre 200 appareils, mais l’engagement reste modeste à l’échelle du marché chinois. La partie russe n’a obtenu, elle, aucun engagement concret sur le gazoduc. Vladimir Poutine a néanmoins pu signer une série d’accords de coopération politique, militaire tout comme en matière d’éducation et de technologie. Il est toujours l’allié, mais l’alliance “d’égal à égal” semble moins évidente…
L’enchaînement sans précédent de ces deux visites a donc été surtout l’occasion pour la Chine de conduire l’agenda, d’afficher son statut de puissance de premier plan, qui s’étend désormais sans complexe au domaine diplomatique. Pékin se voit comme un pôle de stabilité, et le président chinois s’est fait un plaisir de le rappeler au président américain, tandis que les deux délégations au grand complet se faisaient face : “Notre rencontre retient l’attention du monde entier, a-t-il constaté. Les changements du siècle s’accélèrent, le monde est confronté au chaos, il est à la croisée des chemins. Parviendrons-nous a éviter le piège de Thucydide ? Pourrons nous ensemble relever les défis du monde pour y injecter plus de stabilité ?”
Abondamment commentée, la référence explicite au piège de Thucydide a été la meilleure illustration d’une diplomatie qui s’affirme. C’est l’universitaire américain Graham Allison qui, appliquant à la relation entre la Chine et les États-Unis les écrits de l’auteur grec sur la guerre du Péloponnèse, l’a remise au goût du jour. Résumée simplement, la thèse établit que lorsqu’une puissance émergente vient concurrencer une puissance établie, le conflit devient inévitable.
Le message de Xi Jinping est clair: la stabilité est du côté de la Chine, la fermeté aussi. En particulier sur l’avenir de Taïwan, que le président chinois a mis sur le tapis d’entrée: c’est “le sujet le plus important dans relations sino-américaines”, a-t-il prévenu d’emblée. S’il devait être mal géré, cette relation se trouverait “en grand danger”. En réponse, alors que sa signature au bas d’un contrat de vente de 14 milliards de dollars d’armes américaines à Taïwan se fait toujours attendre, Donald Trump a décrit Taïwan comme “une petite île” très éloignée, qui a “volé aux États-Unis son industrie de microprocesseurs”… Il a dépuis cherché à corriger le tir, annonçant qu’il allait s’entretenir avec le président taïwanais, perspective aussitôt vertement critiquée par Pékin.
Au bout du compte, c’est donc un président Trump quasiment bredouille qui a regagné Washington après sa visite d’État en Chine, nous explique Philippe Le Corre, professeur à l’Essec et chercheur à l’Asia Society, dans le dernier épisode notre podcast Le Monde Selon Trump. Si la Chine s’est appliquée à faire passer quelques messages, elle a également veiller à ne pas provoquer une Amérique dont la puissance et le marché restent des considérations de premier plan pour Pékin, souligne toutefois cet expert. Et alors qu’il est apparu plutôt sur la retenue en Chine, Donald Trump continue à Washington d’asseoir son pouvoir sur de multiples fronts, verrouillant une immunité totale pour lui et sa famille auprès du fisc, multipliant les opérations boursières fructueuses, et éliminant systématiquement des primaires républicaines en vue des midterms les rares élus qui osent encore lui résister. Antoine Heulard nous livre le récit de cette nouvelle folle semaine à Washington, qui s’achève également par le départ de l’animateur Stephen Colbert de la chaine CBS, où il était devenu l’une des voix les plus critiques du président américain. L’épisode est à écouter ici et à voir là.
Space X a lancé mercredi 20 mai la procédure ouvrant la voie à son entrée en Bourse. Sa capitalisation boursière a été estimée à 1750 milliards de dollars par le Financial Times, ce qui placerait l’entreprise aérospatiale d’Elon Musk au septième rang des entreprises américaines par sa valeur sur les marchés, alors qu’elle se situe seulement au 200e rang par son chiffre d’affaires, évalué à 19 milliards de dollars. Comme le relève le quotidien financier britannique, “quand il s’agit de valoriser une action, il est déjà assez difficile d’évaluer combien les consommateurs voudront de voitures de sport, d’avions ou de jeans d’ici quelques années. Mais comment faire pour estimer le cash flow généré par l’expédition d’un million d’humains sur mars?” Pour Wall Street, Elon Musk ne sera pas forcément le plus facile à suivre.
Jeune journaliste franco-ukrainien, familier des téléspectateurs de BFMTV, Cyrille Amoursky livre un témoignage riche et poignant, profond et intime, de la guerre telle que la vivent les Ukrainiens. De la pudeur d’Hanna, qui ouvre les portes d’un appartement vétuste et glacial, à la dignité et au courage d’Oleksandr, pourtant anéanti par la mort de son fils Kyrylo, âgé de 12 ans, les rencontres s’enchaînent et tissent le portrait d’un peuple dont on comprend mieux pourquoi et comment il a pu résister à l’assaut russe. Ce récit à hauteur d’homme est aussi une histoire d’amour assumée. “Je suis devenu le produit de ce que l’Ukraine m’a offert - de ce que les Ukrainiens m’ont transmis, écrit Amoursky. C’est pour cela que je la soutiendrai toujours. Parce qu’au-delà de la géographie et du sang, l’Ukraine est devenue ma maison. Ma patrie de coeur”.
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Thierry Arnaud