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Méga-barrage au Tibet et répercussions en aval - Capitaux étrangers dans l'immobilier à La Mecque - Dénuement de l'armée canadienne

Nouveau plus grand barrage au monde en Chine : impacts potentiels en Inde et au Bangladesh - Ouverture aux investisseurs étrangers de l'immobilier à La Mecque et Médine - Exhortations canadiennes à reprendre en main les moyens de défense...

L'envers du globe
6 min ⋅ 30/01/2025

Je suis Benaouda Abdeddaïm, éditorialiste international à BFM Business. Je vous propose un regard décentré sur l’actualité mondiale : un choix d’événements négligés, où s’imbriquent économie et géopolitique dans des enjeux décisifs. Abonnez-vous pour une perspective sans a priori et explorez ainsi des faits qui éclairent le monde autrement.

| SOMMAIRE

  • MOUVEMENTS DE FOND
    Projet au Tibet du plus vaste barrage au monde : répercussions potentielles en Inde et au Bangladesh

  • REPÈRES STRATÉGIQUES 
    - Ouverture aux investisseurs étrangers de l’immobilier à La Mecque et Médine
    - Première date d’extraction de gaz à Chypre et coopération avec l’Égypte
    - La forêt finlandaise admirée du président américain

  • LECTURES PARTICULIÈRES
    - Forces armées canadiennes désespérément en quête de capacités
    - Le grand large insuffisant aux entreprises du Royaume-Uni post-Brexit
    - L’écart technologique creusé par l’industrie nucléaire chinoise

| MOUVEMENTS DE FOND

Projet au Tibet du plus vaste barrage au monde : répercussions potentielles en Inde et au Bangladesh

“L’Inde doit accélérer ses projets hydroélectriques et de gestion de l’eau du Brahmapoutre afin d’optimiser l’utilisation des ressources en eau et, de la sorte, renforcer davantage sa position de négociation vis-à-vis de la Chine.”

Neeraj Singh Manhas, chercheur principal à l’Université Maharaja Sayajirao de Baroda (Inde) -
Source : BFM Business


300 millions de foyers : Trois fois le barrage des Trois-Gorges, celui sur le Yangtsé au cœur de la Chine, qui déjà constitue depuis 2012 la plus importante centrale hydroélectrique au monde de par sa puissance installée. Quelque 132 milliards d’euros seraient mobilisés pour le nouvel ouvrage de la démesure que compte implanter l’État chinois dans l’Himalaya tibétain, sur le cours inférieur du Yarlung Tsangpo, juste en amont du Brahmapoutre qui descend vers l’extrémité Est de l’Inde, puis le Bangladesh central. Tel qu’il a été avalisé par Pékin, le projet à 60 GW est susceptible - à lui seul - de fournir de l’électricité certifiée “verte” à 300 millions de foyers. Tel que le décrit l’agence de presse étatique Xinhua, il en irait même de l’ancrage du Tibet (Xizang) dans le socle de la communauté nationale : “Une fois achevé, le projet (…) renforcera la synergie de développement entre le Xizang et d'autres régions, améliorant ainsi le sentiment de gain, de bonheur et de sécurité pour les personnes de tous les groupes ethniques du Xizang.”

Mépris : Décision irrévocable est prise… À quel prix pour les milieux naturels, les ressources et les populations en aval ? Brahma Chellaney, qui compte parmi les stratèges les plus en vue en Inde, balaie chacune des assurances chinoises, admettant sans ambages que son pays ne peut, en réalité, “pas grand-chose” pour prévenir une calamité “imminente”, hormis de “mettre en lumière le mépris total de la Chine pour les préoccupations environnementales et de sécurité découlant de cette construction dans une telle région active sur le plan sismique”. En cas d’effondrement de cette infrastructure chinoise, le professeur du Centre de recherche politique de New Delhi s’aventure à prédire la mort de “millions de personnes” en aval. Dans ses décomptes, l’Institut d’études géologiques des États-Unis a établi que près de 15 % des séismes les plus forts (magnitude 8 à 9) du vingtième siècle se sont produits dans les régions himalayennes.

Contre-barrage : Au lieu de prendre à leur tour en considération l’ampleur de ce risque spécifique, les autorités indiennes font savoir qu’il faut concevoir un barrage national en miroir de celui du Yarlung Tsangpo, certes d’une puissance cinq fois et demi inférieure avec ses 11 GW, au demeurant la plus élevée du sous-continent indien. Le numéro 2 de l’exécutif de l’État de l’Arunachal Pradesh, frontalier de la Chine, affirme que ce projet servira à “contrer” celui des Chinois. Peu soucieux de les ménager, Chowna Mein juge que les habitants et militants écologistes qui perturbent les études de faisabilité ne sont pas “en mesure de saisir la gravité de la situation”. Sur la chaîne indienne NDTV, ce responsable issu du parti BJP du Premier ministre Narendra Modi a affirmé que le “contre-barrage” n’est pas seulement destiné à produire de l’électricité, mais à “aider également à arrêter l’eau venant du côté chinois” et permettre de “progressivement la libérer” en aval.

Sécurité hydrique : Et les débats plus ou moins déterminants d’experts se poursuivent. Rahul Lad, du département de géographie de l’Université Savitribai Phule Pune (Inde), va dans le sens d’une “nécessité” de bâtir de tels ouvrages dans le bassin du Brahmapoutre, très près de la frontière sino-indienne. Il se veut même catégorique : “L'intensification de ces efforts contribuera à réguler le débit de l'eau et à réduire les risques immédiats tels que les crues soudaines, tout en renforçant la sécurité hydrique de l’Inde”.

Données des fleuves : Mais comment prétendre réguler en Inde ce dont on n’a qu’une évaluation très approximative ? New Delhi et Pékin ont conclu un protocole d’accord en 2002 en vue de se partager les données techniques sur leurs fleuves. Cela n’a duré qu’une quinzaine d’années, jusqu’à l’affrontement militaire dans la plateau contesté du Doklam, autour de l’extension par des troupes chinoises d’une route vers le Bhoutan, petit royaume allié de l’Inde. Depuis, selon les autorités indiennes, les transmissions d’informations sont soumises aux fluctuations des relations entre les deux plus grandes nations d’Asie. Neera Singh Manhas, du département de science politique de l’Université Savitribai Phule Pune (Inde), place des “interactions diplomatiques avec la Chine” en tête des priorités, “afin de parvenir à des accords transparents de partage des données sur les flux d’eau, en particulier durant les saisons d’inondation”. En arrière-plan, ce chercheur qui évoque une “menace historique” forgée par Pékin plaide une campagne systématique “dans tous les forums multilatéraux”, de “sensibilisation sur les questions relatives aux fleuves transfrontaliers”.

Adaptation en aval : La communauté scientifique de la Chine s’abstient, pour sa part, de toute prise de position publique extérieure. Quant à sa diplomatie, elle maintient que le projet n’aura aucun impact négatif sur les pays voisins, ni sur l’environnement écologique, ni sur les conditions géologiques ou les ressources hydrauliques. Dans une tribune parue dimanche dans un quotidien de Bombay, le chargé d’affaires de l’ambassade de Chine en Inde, Wang Lei, réfute que son pays ait l’intention d’exercer une “hégémonie de l’eau”. Peu auparavant, un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Guo Jiakun, a y compris proclamé que le méga-barrage du Yarlung Tsangpo “peut contribuer aux efforts de prévention et d’atténuation des catastrophes et soutenir l’adaptation au changement climatique dans les régions en aval”.

Piégeage des sédiments : Cette thèse, Genevieve Donnellon-May n’y souscrit d’aucune manière. D’après cette spécialiste australienne de la gestion de l’eau à l’Oxford Global Society, le danger premier serait pour les communautés agro-pastorales, les agriculteurs et les pêcheurs. Il faut s’attendre, redoute-t-elle, à des conséquences sur “les systèmes de zones humides et les biotes vivants, ainsi que sur le piégeage des sédiments par le barrage”, ce qui pourrait en conséquence “réduire la fertilité des sols et accélérer l'érosion deltaïque” - comprendre au Bangladesh, à l’intersection de la terre et de la mer.

Dos-à-dos : À cet égard, le chef d’état-major de l’armée indienne se fait l’écho de telles craintes. “Je suis davantage inquiet pour le Bangladesh, car pendant la période de soudure, si l’eau n’est pas libérée, ils [les Bangladais] auront alors le problème du dessablage et de la salinité sur leurs côtes”, a affirmé le général Upender Dwivedi, dans son discours pour la journée de l’armée indienne (le 15 janvier). Pourtant, Dacca est maintenant tenté de renvoyer Chinois et Indiens dos-à-dos dans leur course aux barrages. Lundi, la ministre bangladaise de l’Environnement, Syeda Rizawan Hasan, a réclamé des données “détaillées” aussi bien à Pékin qu’à New Delhi, en relevant notamment la nature des protestations dans l’État indien de l’Arunachal Pradesh visant le contre-projet sur le Brahmapoutre. La semaine auparavant, son collègue aux Affaires étrangères, Touhid Hossain, de retour d’une visite en Chine, a préféré déclarer que ses interlocuteurs chinois lui avaient garanti que la construction “n'aurait pas d'effets négatifs” sur le Bangladesh.

Météo extrême : Il reste à voir si des représentants de Dacca seront conviés aux réunions prochaines du mécanisme sino-indien d’experts des fleuves transfrontaliers, annoncé mardi dans le cadre du dégel officiel des relations, comprenant par ailleurs la reprise des vols commerciaux directs et des échanges universitaires entre la Chine et l’Inde. Rafiq Dossani, économiste principal à la RAND (États-Unis), veut donc encore croire possible une “coordination” effective, en cas “d’événement météorologique extrême”. Les gestionnaires de l'eau, en amont et en aval, se verraient contraints de mener des actions coordonnées, afin de “maximiser l'utilisation de la capacité des réservoirs, sur l'emplacement des déversoirs et d'autres moyens de réduire le risque”, explique ce professeur formé à Calcutta et New Delhi. Peut-être qu’alors nécessité fera loi.

| REPÈRES STRATÉGIQUES

Ouverture aux investisseurs étrangers de l’immobilier à La Mecque et Médine

Villes saintes : Désormais, l’Arabie Saoudite autorise les capitaux internationaux dans des sociétés cotées en bourse possédant des biens immobiliers dans les villes saintes de La Mecque et Médine. Les investisseurs étrangers peuvent acquérir des actions ou bien des titres de créance convertibles dans ces foncières saoudiennes, tant que cela demeure dans une limite de 49 % des parts.

Pèlerins : L'Autorité des marchés de capitaux met en avant l’apport de liquidités aux projets autour des lieux saints. L'intention d’ici 2030 est d'accueillir 30 millions de pèlerins par an. Selon les statistiques officielles, les pèlerinages ont rapporté 12 milliards de dollars en 2019. Il ressort d’une étude de 2024 que des musulmans étrangers titulaires de titres de résidence “dorés" comptent y acheter pour 2 milliards de dollars de biens.

Première date d’extraction de gaz à Chypre et coopération avec l’Égypte

Gaz à Kronos : Objectif 2027. Le gaz naturel de Chypre sera extrait des fonds marins pour la première fois dans deux ans, a déclaré le ministre chypriote de l’Énergie. George Papanastasiou a évoqué, lundi, un “avenir proche” pour la conclusion d’un accord de production avec la compagnie énergétique italienne Eni. La ressource du gisement “Kronos” serait envoyée vers l’Égypte pour y être liquéfiée et traitée pour l’exportation.

Salon égyptien : D’après une estimation, “Kronos” contiendrait davantage de gaz que le gisement “Aphrodite”, la première découverte majeure dans les eaux chypriotes qui remonte à 2011. Le chef de l’État, Nikos Christodoulides, est invité au Caire pour sceller le partenariat, en marge du salon égyptien du pétrole et de l’énergie (EGYPES 2025), prévu du 17 au 19 février.

 

La forêt finlandaise admirée du président américain

Magnifique : Interrogé sur les récents incendies de forêt en Californie, le président des États-Unis a exprimé, par contraste, son admiration pour les pratiques forestières finlandaises. Comme en novembre 2018, Donald Trump a qualifié de “magnifique” la manière dont la Finlande gère ses forêts. Ce pays reste le plus boisé d’Europe où, autre particularité, les deux tiers des arbres appartiennent à ses citoyens.

Alarme : C’est à Helsinki que la Commission européenne a accueilli, lundi et mardi, un atelier consacré à la conservation des forêts les plus anciennes à travers l’Union européenne. Dans un rapport publié la semaine dernière, le Fonds mondial pour la nature (WWF) s’alarme, toutefois, que la Finlande et la Suède “s’écartent des politiques de l’UE”, en exploitant des milliers d’hectares de forêts “à haute valeur de conservation”.

| LECTURES PARTICULIÈRES

Forces armées canadiennes désespérément en quête de capacités

2 % : La cheffe d’état-major des forces armées canadiennes exhorte Ottawa à “prendre ses responsabilités” en matière de défense. Dans un entretien au Devoir, la générale Jennie Carignan soutient qu’avec une “bonne planification”, le Canada serait tout à fait en mesure d’accélérer son calendrier d’augmentation des dépenses militaires, afin d’atteindre plus tôt que prévu la cible officielle des 2 % du produit intérieur brut.

2027 : Le gouvernement libéral promet donc à présent les 2 % pour 2027, au lieu de 2032. L’été dernier, dans la Canadian Naval Review, le directeur de l'Institut des affaires mondiales (Calgary), Dave Perry, a présenté l’ampleur des investissements à consentir face à tous les problèmes quantitatifs et qualitatifs de recrutement, à une sollicitation “au-delà du raisonnable” des équipements et aux surcoûts induits de la maintenance.

Le grand large insuffisant aux entreprises du Royaume-Uni post-Brexit

Intégration : Une adhésion du Royaume-Uni à la convention douanière “paneuro-méditerranéenne” est “quelque chose que nous pourrions envisager”, a déclaré le commissaire européen au Commerce, Maros Sefcovic, à la BBC. Ce texte porte sur les “règles d’origine préférentielle” et vise à fluidifier les chaînes d’approvisionnement du bloc des 27 avec celles d’autres nations européennes et du bassin méditerranéen.

Lourdeurs : Londres évoque des discussions à un stade précoce. Une députée du Parti travailliste au pouvoir, Stella Creasy, déplore que les lourdeurs administratives liées au Brexit affectent les entreprises du pays. Dans les calculs du Centre de la performance économique de la London School of Economics, à partir des ventes transmises aux Douanes, leurs exportations ont ainsi reculé de 6,4 % entre 2020 et 2022.

L’écart technologique creusé par l’industrie nucléaire chinoise

1 066 secondes : Ils battent leur propre record mondial. Selon l’Académie chinoise des sciences, des chercheurs de l’Institut des sciences physiques de Hefei travaillant sur la production d’énergie de fusion nucléaire, grâce à un réacteur à fusion magnétique, sont parvenus ce mois-ci à maintenir stable le mélange d’énergie durant plus de 1 066 secondes. En 2023, la limite atteinte a été de 403 secondes.

Avance : Ce n’est là qu’une illustration de la force de la recherche chinoise dans le nucléaire… Et de son impact opérationnel : Stephen Ezell, de la Fondation américaine pour la technologie de l’information et l’innovation (ITIF), a invité chacun à sortir du raisonnement selon lequel la Chine doit encore son essor dans le nucléaire civil aux savoirs étrangers. En 2023, ses brevets ont représenté 14 % des dépôts mondiaux.

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Quelle est votre optique à propos de ces politiques de méga-barrages ? Un autre sujet de la lettre retient-il votre attention ? Vos réactions sont les bienvenues : lenversduglobe@bfmbusiness.fr

Prochaine édition le jeudi 06 février. 

Benaouda Abdeddaïm

L'envers du globe

Par Thierry Arnaud

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