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Îles militarisées du Pacifique tropical oriental - Raffinerie bulgare pour le Kazakhstan - Alternative du renouvelable en Algérie

Corridor du Pacifique tropical oriental : transformation d'une réserve marine en zone militarisée - Offre sur la seule raffinerie de Bulgarie : montée en puissance européenne du Kazakhstan - Marques d'intérêt pour l'ambition algérienne dans l'hydrogène "vert"...

L'envers du globe
6 min ⋅ 16/01/2025

Je suis Benaouda Abdeddaïm, éditorialiste international à BFM Business. Je vous propose un regard décentré sur l’actualité mondiale : un choix d’événements négligés, où s’imbriquent économie et géopolitique dans des enjeux décisifs. Abonnez-vous pour une perspective sans a priori et explorez ainsi des faits qui éclairent le monde autrement.

| SOMMAIRE

  • MOUVEMENTS DE FOND
    Corridor du Pacifique tropical oriental : transformation d‘une réserve marine en zone militarisée

  • RPÈRES STRATÉGIQUES 
    - Raffinerie bulgare pour le Kazakhstan : empreinte européenne
    - Poussée de revendications d’autonomie des îles Féroé
    - Avions chinois de transport militaire livrés à la Namibie

  • LECTURES PARTICULIÈRES
    - Perspectives algériennes d’exportation d’énergie renouvelable
    - Écosystème de la Malaisie dans les semi-conducteurs
    - Couloirs de transport en compétition à partir de l’Inde

| MOUVEMENTS DE FOND

Corridor du Pacifique tropical oriental : transformation d’une réserve marine en zone militarisée

“Des installations militaires viennent d’être approuvées aux îles Galapagos. Les États-Unis sont inquiets de l’importance du port de Chancay au Pérou. Il y a aussi les menaces de [Donald] Trump sur le canal de Panama… Tout ceci montre leur préoccupation vis-à-vis de la Chine.”

Enrique Daza, directeur exécutif du centre Cedetrabajo (Colombie). Source : BFM Business


Criminalité transnationale : Même l’archipel des Galapagos, classé au patrimoine mondial de l’Unesco pour sa biodiversité à la faune et à la flore uniques, n’y échappe pas. Le mois dernier, sans bruit, une résolution du gouvernement équatorien l’a ouvert à l’armée américaine, en vertu d’accords précédemment signés entre Quito et Washington visant “à lutter contre la criminalité transnationale et à relever les défis de sécurité partagée”. D’une certaine manière, en entérinant un échec systémique.

7 639 requins : Luis Cordova-Alarcon, directeur d’un programme de recherche de l’Université centrale de l’Équateur, dresse le constat précis d’une incapacité de la marine nationale à exercer le contrôle effectif d’un espace maritime dépassant le million de kilomètres carrés. Cela concerne, en premier lieu, la pêche illégale. Où l’on renvoie à un cas devenu emblématique en août 2017 : un navire chinois, contenant 7 639 requins, a été immobilisé alors qu’il traversait sans autorisation la réserve marine des Galapagos. Les autorités se sont depuis tournées vers des technologies canadiennes de détection par satellite. En septembre 2022, le chef du commandement Sud des États-Unis (SOUTHCOM) a qualifié la pêche non déclarée et non réglementée d’une des “principales menaces maritimes dans la région”.

Surveiller la ZEE : La vulnérabilité équatorienne se traduit, ensuite, dans la trajectoire des flux de trafics de drogue, en accélération par ces routes maritimes traversant l’espace a priori protégé des Galapagos. Les moyens de l’État sont apparus au grand jour, à partir de son adhésion en 2012 à la Convention des Nations unies sur le droit de la mer, tout à fait insuffisants pour surveiller sa zone économique exclusive, soit jusqu’à 370 kilomètres de toute côte. Quito a alors fini par s’en remettre aux forces armées américaines à partir de 2023. Une batterie de textes bilatéraux s’est mise en place, jusqu’à un dernier aval de l’exécutif concernant l’archipel des Galapagos, le 10 décembre 2024.

Sous-marin à flot : Désormais, les bâtiments de guerre comme les avions militaires des États-Unis vont pouvoir accéder à l’archipel - et exonérés des taxes spéciales pour la conservation. Les sous-marins devront, quand même, demeurer à flot au moment d’entrer dans l’aire protégée. Il est, en outre, prévu que le débarquement de personnels militaires américains ne puisse avoir lieu que dans les îles habitées. Les soldats, une fois à terre, jouiront d’un statut d’immunité réservé, en principe, aux seuls diplomates.

Comme en 1942 : Une figure de l’opposition de gauche, Andrés Arauz, battu au second tour de l’élection présidentielle de 2021, refuse d’admettre que cette implantation militaire soit destinée à combattre la pêche illégale et le narcotrafic. Il soutient que l’Amérique, dans sa politique de “maîtrise du Pacifique”, va disposer de la sorte d’une implantation supplémentaire pour “sa troisième guerre mondiale contre la Chine”, comme lorsqu’elle contrôla à partir de 1942 la base aéronavale de l’île Baltra, aux Galapagos, en vue d’empêcher le Japon de s’attaquer au canal de Panama.

Pistes d’atterrissage : L’actuel chef de l’État, Daniel Noboa, en tête des sondages pour le premier tour de l’élection du présidentielle du 9 février, et son entourage réfutent une telle argumentation. Dans un premier temps, il a été évoqué l’installation d’une base américaine non pas aux Galapagos mais à Manta qui, sur le continent, se trouve au milieu du littoral. D’après l’antenne équatorienne de la Fondation allemande Konrad Adenauer, les pistes d'atterrissage de Manta jadis utilisées par l'armée américaine ont été récupérées par des réseaux criminels à des fins de transport de drogues et d'armes. La semaine dernière, lors d’un état des lieux annuel des saisies de cocaïne au port d’Anvers, l’administrateur général des douanes belges, Kristian Vanderwaeren, a en tout cas salué une récente “politique de la matraque” en Équateur qui, par le recours à l’armée, aurait permis de “couper les réseaux” en 2024.

Gorgona : Sous le prisme de Washington, l’ensemble du corridor marin du Pacifique tropical oriental est à prendre en compte, en surveillant également le complexe d’îles situées dans les eaux de la Colombie, du Costa Rica et du Panama, plus proches du continent. Des interrogations entourent en particulier pour la Gorgona, qui abrite là aussi une autre biodiversité unique. Le gouvernement colombien n’évoque qu’une “station” de la garde côtière, mais il est relevé que cette station dotée d’un radar militaire et d’une jetée de 182 mètres de long a été co-financée par le Bureau international d’assistance anti-narcotiques des États-Unis.

Méga-port péruvien : Dans l’analyse d’Enrique Daza, directeur exécutif du centre Cedetrabajo (Colombie), ces infrastructures militaires à la Gorgona puis aux Galapagos ne sauraient être envisagées indépendamment de la stratégie globale du Pentagone. Les États-Unis, insiste-t-il, sont notamment “inquiets de l’importance” prise, plus au sud, par le méga-port péruvien de Chancay, dont le terminal modernisé est confié à Cosco, le premier armateur chinois - un projet dont la facture totale est évaluée, à terme, à 3,4 milliards d’euros. Pour la première fois, un grand port commercial d’Amérique latine est placé ainsi aux mains de la Chine.

Libre-échange : Et puis, Pékin n’a en rien abandonné le terrain équatorien à Washington. Un accord de libre-échange entre la Chine et l’Équateur est entré en vigueur en mai 2024, avec une élimination des droits de douane sur les produits de la pêche (crevettes blanches, huile de poisson…) et agricoles (bananes, cacao, café, fleurs…) équatoriens. Il y a deux mois, invitée d’une chaîne d’État chinoise, la ministre du Commerce extérieur, Sonsoles Garcia, se réjouissait de l’engouement des consommateurs chinois pour la pitahaya (“fruit du dragon”) cultivée dans son pays.

Dette extérieure : Le débouché chinois se confirme comme le principal pour les exportations non pétrolières de l’Équateur. Mais Evan Ellis, expert de l’Amérique latine à l’École de guerre de l’armée de terre américaine, lui, met plutôt en exergue le gonflement de l’ardoise de Quito. Sous les mandats de l’ancien président Rafael Correa (2007-2017), une douzaine de milliards de dollars ont été empruntés à Pékin pour divers grands travaux, plus ou moins biens conduits. L’alternance à droite aura enrayé ce mouvement. Mais, les sollicitations de prêts chinois ont fini par reprendre. En septembre dernier, le ministre des Finances, Juan Carlos Vega, a réclamé un financement pour que l’entreprise publique chinoise CRBC construise une prison de sécurité maximale, afin d’isoler les criminels les plus dangereux, sur un modèle en vigueur au Salvador.

Pas la carte armée : Autour de ce théâtre d’antagonisme du Pacifique tropical oriental, la Chine assure ne pas chercher à répondre à la carte armée insulaire que sont en train de jouer les États-Unis. Jiang Shixue, directeur du Centre d’études latino-américaines de l’Université de Shanghai, affirme que “la coopération militaire limitée de la Chine avec l’Équateur ne vise pas à concurrencer les États-Unis en Amérique du Sud”. Une thèse qu’ont développé deux spécialistes de l’École des hautes études en sciences économiques de Moscou, Vasily Kashin et Ekaterina Kosevich : “L'approche chinoise de la coopération de défense dans cette région reste plus prudente et graduelle qu’avec l'Afrique. La Chine se montre réticente à remettre en question les lignes rouges des Américains”, là où ceux-ci considèrent évoluer dans leur pré-carré. Plus encore dorénavant que Donald Trump est de retour à la Maison-Blanche.

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| REPÈRES STRATÉGIQUES

Raffinerie bulgare pour le Kazakhstan : empreinte européenne

Vente russe : La raffinerie de Burgas, la seule de Bulgarie, appartient au pétrolier russe Lukoil et pourrait passer sous pavillon du Kazakhstan. La compagnie nationale des hydrocarbures, KazMunayGas (KMG), précise que c’est “à l’invitation” du vendeur que les pourparlers sont engagés. Le prix annoncé autour d’un milliard de dollars est jugé bon marché. Des candidats d'Azerbaïdjan, des États-Unis et du Qatar ont été cités.

Après la Roumanie : Le financement de la transaction en Bulgarie est en discussion avec le négociant suisse de pétrole Vitol. Si sa société publique l’emporte, le Kazakhstan renforcera son empreinte européenne, après le rachat (difficile) du raffineur roumain Rompetrol. Un analyste à Astana, sans occulter les risques, souligne que cela porterait les capacités de raffinage de KMG au sein de l’UE à 12 millions de tonnes par an.

Poussée de revendications d’autonomie des îles Féroé

Torshavn : Contrairement au Groenland, un autre pays “constitutif” du royaume de Danemark, les îles Féroé, n’intéresse pas le président élu des États-Unis. Mais Torshavn a entrepris de se faire entendre de Copenhague. Au cours d’une réunion vendredi dernier avec les chefs de l’exécutif des Féroé et du Groenland, la Première ministre danoise, Mette Frederiksen, leur a promis plus de compétences de politique extérieure.

OMC : Les îles Féroé vont pouvoir soumettre leur candidature à une adhésion à l’Organisation mondiale du commerce. Pour eux, la démarche doit servir à maîtriser et développer leurs exportations de produits de la pêche. L’intention est également de peser d’égal à égal au sein du Conseil nordique et du Conseil de l’Arctique. En novembre 2024, Torshavn a menacé sinon de sortir des instances de coopération nordique.

Avions chinois de transport militaire livrés à la Namibie

Première exportation : La Namibie a pris livraison, le mois dernier, de deux avions de transport militaire Y-9E, devenant le premier client à l’étranger de cet appareil du groupe national chinois SAIC. L’armée de l’air namibienne affirme que ces avions polyvalents seront aussi d’une utilité cruciale pour du travail humanitaire. La capacité du Y-9E, dans sa version à l’exportation, pourrait aller jusqu’à 30 tonnes.

Adaptabilité : Un porte-parole du constructeur chinois met en exergue “la forte adaptabilité” de cet avion doté d’une autonomie maximale de 5 200 kilomètres, aussi bien pour “les régions tropicales”, que celles “à basse température” ou bien “de haute altitude”. Trois semaines après cette livraison, le chef de la diplomatie chinoise, Wang Yi, en visite à Windhoek le 6 janvier, a présenté son pays comme “le partenaire le plus fiable”.

[CONTENU PARTENAIRE]

La transhumance : entre tradition et modèle d’avenir
 
En déplaçant les troupeaux au rythme des saisons et des ressources, la transhumance est une pratique ancrée dans les traditions mais aussi résolument tournée vers l'avenir. Elle repose sur l’élevage herbager qui s’adapte à l’offre naturelle de l’environnement. Entre respect du bien-être animal, régénération naturelle des sols, valorisation des ressources locales, la transhumance répond au modèle d’agriculture circulaire. 
Pour tout savoir, rendez-vous sur agriculture-circulaire.fr  

| LECTURES PARTICULIÈRES

Perspectives algériennes d’exportation d’énergie renouvelable

Solaire : Une délégation de LONGi, poids lourd chinois des solutions photovoltaïques, s’est rendue la semaine dernière en Algérie. Sa vice-présidente, Amy Liu, a fait part de la volonté de son entreprise de se développer dans ce marché considéré comme stratégique. Aux côtés de ses interlocuteurs algériens, elle a évoqué la perspective d’un centre régional d’équipements d’énergie renouvelable.

85 % de désert : Hassan Al-Shaghel, du centre d’études Dimensions (Turquie), explique comment la troisième économie d’Afrique vise à présent un rôle de fournisseur de renouvelable. Une superficie de plus de 2,3 millions de km², dont 85 % de désert, confère “une immense réserve d’énergie solaire”. Un budget public compris entre 20 et 25 milliards de dollars est aussi destiné à produire de l’hydrogène “vert”.

Écosystème de la Malaisie dans les semi-conducteurs

Zone spéciale : Combinaison inédite entre la Malaisie et Singapour. Ces deux partenaires du sud-est asiatique ont conclu, la semaine dernière, un accord pour une ”zone économique spéciale conjointe” sur quelque 3 500 km², dans l’État malaisien de Johor, limitrophe de la cité-État de Singapour. Le gouvernement malaisien vante une “initiative unique”. Mission assignée : y fixer de la production de haute technologie.

Image de marque : Les chercheuses malaisiennes Farlina Said et Angeline Tan, dans un travail pour l’ISIS (Kuala Lumpur) sur “l’écosystème” des semi-conducteurs en Malaisie, détaillent comment le pays dispose d’un savoir-faire lui permettant d’élargir sa place dans les chaînes d’approvisionnement, comme le Vietnam et l’Inde. Mais perdure une difficulté à projeter “une image de marque” de cette fabrication malaisienne.

Couloirs de transport en compétition à partir de l’Inde

Piqûre de rappel : Un dernier message de l’ambassadeur américain à New Delhi avant de quitter ses fonctions. Dans un entretien à The Hindu, Eric Garcetti appelle à un regain d’enthousiasme de la part de l’Inde, des États-Unis et du Golfe pour faire avancer le corridor économique Inde-Moyen-Orient-Europe (IMEC), le projet de couloir logistique sur plus de 4 800 kilomètres acté en septembre 2023.

Espace eurasiatique : Les Indiens ne comptent pas renoncer à un autre pan de leur géopolitique des corridors, celui destiné à faciliter les connexions vers l’Asie centrale et l’espace eurasiatique, au travers du projet INSTC officialisé en 2020 avec l’Iran et la Russie. Un document d’orientation de l’Institut indien des relations économiques internationales veut en faire une voie ”alternative” rentable pour les flux commerciaux.

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Quelle est votre lecture de cette militarisation américaine d’îles du Pacifique tropical oriental, avec la Chine en arrière-plan ? Un autre sujet retient ici votre attention ? Vos réactions sont les bienvenues : lenversduglobe@bfmbusiness.fr

Prochaine édition le jeudi 23 janvier. 

Benaouda Abdeddaïm

L'envers du globe

Par Thierry Arnaud

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