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L'envers du globe

Je suis Benaouda Abdeddaïm, éditorialiste international à BFM Business. Je vous propose un regard décentré sur l’actualité mondiale : un choix d’événements négligés, où s’imbriquent économie et géopolitique dans des enjeux décisifs. Abonnez-vous pour une perspective sans a priori et explorez ainsi des faits qui éclairent le monde autrement.

L'envers du globe
4 min ⋅ 28/11/2024

| SOMMAIRE

  • MOUVEMENTS DE FOND
    Chine-Arabie Saoudite-Iran : engagements réciproques avant la nouvelle donne américaine

  • REPÈRES STRATÉGIQUES 
    - Du sorgho brésilien pour Pékin
    - OPPO à la place d’Apple en Indonésie
    - Un mur entre la Malaisie et la Thaïlande

  • LECTURES PARTICULIÈRES
    - Discorde autour de la mine serbe de lithium
    - Densité record en Chine de robots industriels
    - Médecins turcs pour hôpitaux allemands

| MOUVEMENTS DE FOND

Chine-Arabie Saoudite-Iran : engagements réciproques avant la nouvelle donne américaine

“La Chine est le facteur déterminant dans l’évolution des exportations de brut iranien, plus que les États-Unis - malgré leurs sanctions record imposées aux navires en 2024 (…)”

Armen Azizian, analyste principal du risque pétrolier - Vortexa (Londres). Source : Vortexa

Structure chinoise : La normalisation élémentaire entre Riyad et Téhéran, obtenue par Pékin en mars 2023, perdure parce que, dans son optique, la diplomatie chinoise veille à la structurer. Le 19 novembre, le “comité tripartite” Chine-Arabie Saoudite-Iran s’est réuni dans la capitale saoudienne. Les deux puissances moyen-orientales y ont salué '‘l’importance” du suivi par la Chine de la mise en œuvre de leur compromis.      

Convention fiscale : Outre les “progrès” de facilitation de la venue de pèlerins iraniens dans les lieux saints de l’islam en territoire saoudien, les deux Etats affirment avoir avancé vers une convention fiscale de non-double imposition - de quoi songer à des sujets de coopération économique plus consistants. Le ministre iranien des Finances, Abdolnaser Hemmati, s’est ensuite rendu, le 26 novembre, à une conférence d’investissement, organisée par Riyad, où il a évoqué un souhait de lancer des projets “conjoints”, afin de “servir les intérêts bilatéraux“. Sans vraiment en préciser les contenus.

Eviter les conflits : L’essentiel, pour Pékin, reste de consolider ce processus, afin de “garantir que les liens créés puissent éviter les conflits au Moyen-Orient”, selon Wang Jin, directeur adjoint d’un centre chinois d’études sur la région. A la satisfaction chinoise, le chef d’état-major de l’armée saoudienne a conduit une mission officielle à Téhéran le 10 novembre. Et tout le propos de la Chine, dans sa presse étatique, fait des Etats-Unis le grand facteur d’une potentielle remise en cause de ce dégel irano-saoudien.

Brut iranien : La diplomatie chinoise se veut parfaitement consciente que cette stabilisation précaire du Golfe persique ne peut tenir que si l’Iran sauvegarde ses rentrées en devises par ses ventes - indirectes - de pétrole vers la deuxième économie mondiale. Jusqu’ici, les clients chinois ne songent aucunement à prendre en compte la perspective d’un futur gouvernement américain ciblant avec une extrême vigueur les exportations iraniennes. Ainsi, d’après le service britannique de base de données maritimes Lloyd’s List Intelligence, le brut iranien s’écoule actuellement au niveau le plus élevé depuis que Washington a rétabli ses sanctions fin 2018.

BRICS: Les réseaux sophistiqués pour alimenter les raffineries privées chinoises fonctionnent à plein. Dans une note, l’analyste du risque pétrolier Armen Azizian, de Vortexa (Londres), pense qu’au-delà de considérations de marge bénéficiaire, cette tendance s’inscrit dans l’intention de l’ensemble des membres des BRICS, pas seulement de la Chine, de se déterminer par eux-mêmes.

Télécoms : L’approche chinoise vis-à-vis des Saoudiens se révèle d’une autre nature. Dans son rapport économique mensuel, la banque d’investissement Jadwa, à Riyad, met en exergue la décrue des importations de brut par la Chine de 2,8 % sur un an. Mais la diversification des affaires s’amplifie : le lancement en Arabie Saoudite, la semaine dernière, d’une filiale du troisième opérateur mobile chinois, baptisée China Telecom Gulf, a été présentée comme une promesse de collaboration technologique.

Trésor chinois : Sur un plan financier, à la mi-novembre, le Trésor chinois a émis pour 2 milliards de dollars d’obligations d’Etat sur la place de Riyad. La demande a représenté vingt fois l’offre, alors que jamais Pékin n’avait mené une telle opération dans cette région. Le directeur général pour le Moyen-Orient de la banque allemande Deutsche Bank, qui en l’occurrence a conseillé le ministère chinois des Finances, se déclare “impatient'“ d’aider en retour des investisseurs saoudiens à lever des capitaux en Chine. A moins que dans deux mois, Washington ne tente de s’attaquer à tout ce jeu d’équilibre chinois au Moyen-Orient.

| REPÈRES STRATÉGIQUES

Du sorgho brésilien pour Pékin

Surprenant : Le premier importateur de sorgho, la Chine, se tourne vers Brasilia. Lors de la visite d’Etat du président chinois, Xi Jinping un accord d’approvisionnement a été passé, le 20 novembre, avec le Brésil, qui compte pour 8 % de la production mondiale de cette céréale utilisée dans l’alimentation du bétail et l’éthanol. D’après la publication spécialisée Milling and Grain, cette décision paraît “surprenante”, puisque les céréaliers brésiliens en exportaient peu jusqu’ici.

Signal : L’an dernier, la Chine a représenté les 9/10e des débouchés du sorgho cultivé aux Etats-Unis. Le bureau d’analyse Trivium, à Pékin, estime que “le signal” est adressé au prochain gouvernement américain s’il venait à déclencher sa guerre commerciale dès janvier : le sorgho brésilien est planté en mars-avril.     

OPPO à la place d’Apple en Indonésie

Haut de gamme : La marque chinoise de smartphone OPPO va étendre et moderniser son usine d’assemblage près de la la capitale indonésienne, Jakarta. Il est question d’y fabriquer également des modèles haut de gamme. L’entreprise promet de recourir à davantage de composants produits en Indonésie.

Contrepied : OPPO prend ainsi le contrepied de l’américain Apple, dont le dernier iPhone est interdit de vente dans la première économie d’Asie du Sud-Est. Les pouvoirs publics lui reprochent de ne pas se conformer à une règle fixant à 40 % le seuil minimal de provenance indonésienne des pièces détachées.

Un mur entre la Malaisie et la Thaïlande

Zone tampon : Le Kelantan, un Etat de la Fédération de Malaisie frontalier de la Thaïlande, entend ériger un mur entre les deux pays et une zone tampon. La construction doit s’effectuer sur une centaine de kilomètres. Les autorités locales le justifient par deux impératifs : lutter contre la contrebande et contrôler les crues du fleuve. Le seul coût d’acquisition des terrains est évalué à 95 millions d’euros.

Visa commun : Le gouverneur de la province thaïlandaise de Narathiwat soutient que son pays “coopèrera”. Ce projet est annoncé peu après que les membres de l’Association des nations d’Asie du Sud-Est, dont la Malaisie et la Thaïlande, sont tombés d’accord sur le principe d’un régime de visa commun, calqué sur celui de l’espace européen Schengen.

| LECTURES PARTICULIÈRES

Discorde autour de la mine serbe de lithium

58 000 tonnes : Des mobilisations environnementales menacent l’exploitation du plus grand gisement de lithium d’Europe, situé dans l’ouest de la Serbie. Le groupe minier australien Rio Tinto réaffirme sa volonté d’y extraire 58 000 tonnes de ce minerai de la transition énergétique. Il y aurait de quoi couvrir 17 % des besoins européens pour les batteries électriques

Framboises serbes : Dans la revue en ligne italienne Aspenia, la journaliste serbe Tatjana Dordevic met en exergue un risque de “sacrifier” la vallée de Jadar, territoire agricole très fertile ayant assuré en 2023 pour 240 millions d’euros en exportations de framboises. Des opposants au projet considèrent que l’Allemagne et la France comptent faire de cette région serbe un “dépotoir”, en échange d’une intégration plus rapide dans l’UE.

Densité record en Chine de robots industriels  

Devant l’Allemagne : Le dépassement s’est opéré conformément à un plan chinois de fin 2021. D’après le dernier rapport de la Fédération internationale de la robotique (Francfort), le ratio de robots par ouvrier d’usine en Chine s’avère à présent supérieur à ceux de l’Allemagne et du Japon : 470 unités pour 10 000 salariés.

Contraste américain : Réaction de UBTECH Robotics, à Shenzhen : “La Chine abrite le système de chaîne industrielle le plus complet et le mieux soutenu au monde.” Un expert à Pékin, cité par un quotidien officiel, évoque par contraste les Etats-Unis où “la faible densité de robots est en partie due au déclin de leur secteur manufacturier, bien que le gouvernement [américain] se soit fixé pour objectif le retour de la fabrication”.

Médecins turcs pour hôpitaux allemands

Souhait d’émigrer : Un récent reportage de la télévision publique allemande a décrit une pénurie aiguë de médecins dans certaines régions de Turquie. On peut aussi y voir un jeune couple de praticiens expliquer leur intention d’émigrer vers l’Allemagne, dès qu’ils pourront justifier d’un niveau certifié en langue allemande.

Dynamique : Ils rejoindront les 2 628 médecins turcs recensés l’an dernier au sein de la première économie d’Europe. La chercheuse Hande Güzel, de l’IPC (Université Sabanci d’Istanbul), en a étudié la dynamique : celle-ci donne à voir d’ici quatre années 9 000 praticiens formés par la Turquie installés en Allemagne.

Quels thèmes, quelles zones géographiques vous intéresseraient dans cette lettre ? Quelle est votre analyse du jeu d’équilibre chinois entre Riyad et Téhéran ? Sur ce sujet, comme sur les autres, vos réactions sont les bienvenues : lenversduglobe@bfmbusiness.fr

A jeudi prochain. 

Benaouda Abdeddaïm

L'envers du globe

Par Thierry Arnaud

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